samedi 28 septembre 2024

39-Ceci est mon histoire. "en entier ci-dessous"

Le cahier de ma mémoire

Cette vie qui est la mienne

1 — Ceci est mon histoire

Pas celle des autres.
Pas celle qu’on embellit.
Pas celle qu’on arrange pour plaire.

Juste la mienne, celle que j’ai vécue, telle que je l’ai ressentie.

Je suis dyslexique. Depuis toujours, l’écriture et l’orthographe sont pour moi c’est un combat. J’essaie de faire au mieux, ce n’est pas facile.

Pourtant, j’ai ressenti le besoin de raconter ma vie, coûte que coûte la raison, je ne voulais pas que mes souvenirs bons ou mauvais disparaissent avec moi.

On parle beaucoup aujourd’hui d’intelligence artificielle. 

On dit qu’elle est faite pour aider les gens.

Moi, parfois, j’ai plutôt l’impression qu’elle sert surtout l’argent et la puissance. Peut-être que je me trompe.

Mais pendant longtemps, des gens comme moi, qui avaient des difficultés avec l’écriture, ont surtout été regardés de haut.

Alors, aujourd’hui, je prends ma revanche à ma manière :

Voilà…

J’écris.

Je suis né en 1945, dans une France encore meurtrie par la guerre, le chaos et la souffrance.

 

Ma naissance est liée à un événement dont je n’ai jamais eu la certitude  absolue.

Ma mère, Suzanne, aurait peut-être été violée par un soldat           américain. Je dis « peut-être », par ce que toute ma vie j’ai porté ce doute, cette ombre et ce poids silencieux.

 

 

Ma vie n’a donc pas commencé dans la douceur.

Dès le départ, sans même le savoir, j’étais dans un mauvais conte qui me dépassait.

Une histoire faite de violence, de secrets et de blessures.             

J’ai longtemps eu le sentiment que, dès ma naissance, il avait fallu que je me batte pour exister, pour être reconnu et pour trouver ma place.

Rien ne m’a jamais été offert facilement.

Ce récit n’est ni une morale, ni une plainte, ni une accusation.

C’est simplement mon chemin. Un chemin avec ses blessures, ses chutes, ses colères, ses erreurs, mais aussi ses rencontres, ses bonheurs et ses moments de lumière.

L’événement de janvier 1945

En janvier 1945, la guerre était encore bien présente.

Même si Paris avait été en partie épargnée par les combats, la peur, la méfiance et la fatigue étaient partout.

Ma mère, Suzanne, vivait provisoirement chez sa mère,

Henriette, à Bry-sur-Marne, en attendant de pouvoir obtenir un logement HLM.

Un jour glacial de janvier, elle partit porter le déjeuner à son mari, Gilbert, « il l’avait oublié en partant le matin » celui-ci travaillait comme sellier rue du Faubourg-Saint-Antoine, à

Paris.

Après lui avoir remis son repas, elle reprit le chemin du retour.

Elle connaissait bien cette petite rue isolée.

C’est là que sa vie allait basculer.

Un soldat surgit, de nulle part.

Ma mère eut immédiatement peur. Elle tenta de résister, mais l’homme était beaucoup plus fort qu’elle.

Elle se débattit, tenta de se défendre, mais elle finit par perdre connaissance sous la violence de l’agression.

Lorsqu’elle reprit ses esprits, l’homme avait disparu.

Des passants arrivèrent, trop tard.

Ma mère était bouleversée, humiliée, profondément brisée.

Pourtant, elle ne trouva pas la force de raconter ce qui venait de lui arriver.

Elle rentra chez sa mère.

Là, elle se lava longuement, comme si elle pouvait ainsi effacer de son corps ce qui venait de se produire.

Mais certaines blessures ne partent pas avec l’eau.

Elle ignorait encore que cette journée allait changer toute sa vie.

Et, sans qu’elle le sache encore, elle allait aussi changer la mienne.

La découverte de sa grossesse

Quelques mois plus tard, ma mère commença à sentir que son corps avait changé.

Elle ne comprenait pas immédiatement ce qui lui arrivait.

Elle pensa d’abord à une nouvelle grossesse avec Gilbert. L’agression qu’elle avait subie, elle l’avait enfouie très profond, hors d’elle-même.

Peut-être espérait-elle qu’en n’en parlant pas, elle finirait par disparaître.

Mais lorsqu’elle comprit qu’elle était enceinte et qu’elle en parla à son mari, il eut une réaction fut brutale.

Gilbert était furieux, perdu et profondément blessé dans son orgueil.

Lorsqu’il comprit que cet enfant pouvait être le résultat du viol de sa femme, il s’écria :

« Je ne veux pas de ce truc dans ton ventre».

Cette phrase, je ne l’ai évidemment pas entendue.

Je n’étais encore qu’un enfant à naître.

Mais cette histoire allait pourtant peser sur toute ma vie mon existence.

Malgré tout, mon père ne pouvait pas empêcher ma venue au monde.

Mon arrivée dans ce monde

Moi, dans le ventre meurtri de ma mère, je ne savais rien de tout cela.

Je n’étais qu’un enfant qui grandissait, protégé par ce cocon chaud et rassurant.

Je ne connaissais ni la guerre, ni la violence, ni les secrets des adultes.

Je ne savais pas qu’une histoire compliquée se préparait déjà     autour de moi.

 

Puis vint le jour de ma naissance.

 

Je suis alors passé brutalement d'un univers doux et silencieux à un monde dur, bruyant, et parfois cruel.

Je ne savais encore rien de ce qui m’attendait.

Je ne savais pas que mon enfance allait être difficile.

Je ne savais pas que je connaîtrais le rejet, les déplacements, les séparations, les blessures et les moments de très longues solitudes.

Je ne savais pas non plus que, malgré tout cela, je connaîtrais l’amour, l’amitié, les rencontres, les joies et les très grands bonheurs.

Je venais simplement de naître.

 

Et c’était le début de « cette vie qui est la mienne ».

Le cahier de ma mémoire

Cette vie qui est la mienne

2 — Mes origines

L’origine du nom « Monnéry »

Mon nom est Monnéry.

Il vient très probablement du mot « Monnerie », qui désignait  autrefois un moulin ou une petite ferme où vivait un meunier. Cela signifie que l’un de mes ancêtres était peut-être meunier, ou simplement habitant d’un lieu appelé La Monnerie.

 

Au Moyen Âge, beaucoup de noms de famille sont ainsi nés d’un    métier ou d’un lieu. Le mien semble avoir cette origine.

 

Le nom Monnéry est surtout présent dans le département du Rhône, notamment autour de Villefranche-sur-Saône.

 

Mes propres ancêtres viennent notamment de Claveisolles, de Lyon, mais aussi de Grenoble, où vivait mon arrière-grand-mère Marie Monnéry.

Mes racines plongent donc profondément dans cette région.

La dyslexie, un mal familial

Je suis dyslexique.

Cela m’a accompagné toute ma vie. Lire, écrire sans faire de fautes, retenir les chiffres, faire une dictée ou effectuer certains calculs ont toujours été des difficultés frustrantes pour moi.

Quand j’étais enfant, personne ne comprenait vraiment ce que cela signifiait. On disait simplement :

« Il est mauvais à l’école. Sans chercher à savoir pour quelle raison»

Mais ce n’était pas si simple.

Aujourd’hui, au XXIe siècle, j’ai la chance de disposer d’outils qui m’aident énormément : les correcteurs d’orthographe, la calculatrice, les traducteurs et surtout l’informatique. 

Grâce à eux, je peux continuer à écrire cette histoire, malgré mes difficultés.

Et finalement, peut-être que l'essentiel n'est pas d'écrire sans faute, mais d'avoir quelque chose à raconter.

Un temps de ma vie

Ma vie a été un chemin accidenté.

Les années passent vite, parfois beaucoup trop vite.

J’avance, je tombe, je me relève, j’écris… et je continue.

Cette histoire, je ne l’écris pas pour la rendre plus belle qu’elle ne l’a été.

Je veux simplement laisser une trace de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai ressenti et de ceux qui ont traversé ma vie.

« Oui je sais je l’ai déjà écrit ».

Ce que je pense des religions

Je le dis franchement, sans détour.

À mes yeux, les religions ont causé énormément de souffrances, de guerres et de morts dans l’histoire du monde.

Pour ma part, je vois la vie avant tout comme quelque chose de biologique et naturel :

Un homme féconde une femme, un enfant naît neuf mois plus tard, puis un jour chacun retourne dans l’oubli le néant.

C’est ma manière de voir les choses.

Je ne cherche pas à l’imposer à qui que ce soit.

Je suis né le 20 septembre 1945.

Un jour, moi aussi, je partirai dans le noir.

Mais il restera peut-être quelque chose de moi dans ces pages : mes souvenirs, mes colères, mes joies, mes peines et mes mots, même imparfaits.

Je les signes en mon nom : Lucien Monnéry

Côté père, côté mère : ma lignée

Je possède des actes et des documents qui attestent d'une  partie de mes origines.

Lorsque je regarde cette famille, je découvre l’histoire faite de naissances, de séparations, de conflits, de divorces et parfois de drames.

Parmi ceux qui ont marqué ma vie, il y a notamment mon fils Didier, décédé le 23 août 2018.

 

Il y a aussi mes frères et mes sœurs, chacun ayant connu son propre parcours, avec ses joies, ses difficultés et ses blessures.

Notre histoire familiale n’a pas toujours été simple.

Mais toutes ces vies, toutes ces histoires, font partie de la mienne.

Mes arrière-grands-parents

Parmi les noms retrouvés dans mes documents filiaux figurent :

Marie-Louise Monnéry
13 juillet 1883 – 27 octobre 1971

Gilbert-Marie Monnéry
20 mai 1904 – 18 octobre 1971

D’autres ancêtres apparaissent dans cette généalogie :

Eugène-Henri Delahaye, né le 15 juillet 1859.

Victorine-Augustine Lacroix, née le 16 mai 1869.

Henriette Augustine Delahaye, née le 10 septembre 1893  décédée le  25 mars 1976 à Drancy.

Derrière ces noms et ces dates, il y a des hommes et des femmes qui ont  vécu avant moi.

Je ne les ai pas tous connus, ils font partie de mon histoire celle qui a conduit jusqu’à ma propre naissance.

Du côté « mère » de cette lignée il n’y a aucun doute.

D’ailleurs depuis toujours je me dis que dès la naissance nous devrions porter le nom de notre mère pas de notre père, lui restant incertain. « Sauf par l’ADN »

L’histoire de mon grand-père Luppu, Louis

Mon grand-père était commis boucher.

Sa vie n’a pas été simple. À la suite d’une altercation avec la police, il a failli être expulsé de France.

Heureusement, grâce à la notoriété de son frère, il a pu obtenir du travail à l’usine Jacob-Delafon et ainsi éviter cette expulsion.

Mais si cet épisode lui permit de rester en France, sa vie familiale, elle aussi, fut particulièrement compliquée.

De son union avec ma grand-mère,  sont nés quatre enfants :

Georges, en 1921,

Suzanne, ma mère, en 1923,

Raymonde, en 1924  et Jean-Marcel-Lucien, en 1926.

Puis, en 1931, un jugement du tribunal de Corbeil lui retira  officiellement la paternité.

 

Voilà une partie de mes origines.

Des noms, des dates, des histoires parfois difficiles à comprendre. Mais derrière chaque document se cache une vie, et derrière chaque vie se trouve une part de la mienne.

Si vous n’avez pas tout compris, je mettrai des paroles sur les actes dans les pages suivantes. « Voir mon blog plus imagé »

Le cahier de ma mémoire

Cette vie qui est la mienne

3 — Début d’inconscience

Cette mémoire qui commence dans le brouillard

 

Pourquoi ce sous-titre, « Début d’inconscience » ?

Parce que je crois que, de zéro à cinq ou six ans, la mémoire ne conserve que très peu de choses.

Les premières années de notre vie semblent souvent disparaître dans un brouillard dont il ne reste que quelques images, quelques  sensations, quelques voix.

Sauf parfois.

Parfois, un souvenir est tellement fort qu’il vient se graver dans votre tête et vous accompagne pour le restant de votre vie.

Je vais donc commencer par ce que je sais, mais aussi par ce que je crois savoir. Car, concernant ma naissance et surtout la manière dont j’ai été élevé, beaucoup de questions sont restées sans réponse.

Un enfant peut-il être désiré ?

Mathématiquement, ce petit bonhomme que j'étais a été conçu au début de l'année 1945.

La mère, c'est certain. Le père, peut-être.

Mais la colère fait parfois écrire des choses que l'on regrette ensuite.     Alors pourquoi ai-je écrit cela ?

Parce que, pendant toute mon enfance, j'ai ressenti quelque chose que je n'ai jamais vraiment réussi à expliquer :            

 

 

 

 

Le sentiment de ne pas avoir été un enfant désiré.

 

Une personne avisée m'avait un jour laissé entendre, à mots couverts, que j'aurais peut-être été conçu sans amour, voire que ma mère aurait pu vivre une grossesse qu'elle n'avait pas souhaitée.                   

Je ne peux évidemment pas affirmer que cela soit vrai.

Ce ne sont que des paroles, des impressions et des interrogations qui ont accompagné ma vie.

 

Une voyante m'avait également dit que je n'étais pas le fils que mon géniteur aurait désiré.

Vérité ?

Imagination ?

Coïncidence ?

Je ne le saurai probablement jamais.

Mais une chose, elle  est restée gravée dans ma mémoire : mon père, celui que j'ai toujours considéré comme tel, ne m'a jamais montré beaucoup d'affection.

Je me souviens même que lorsque, enfant, si je souhaitais l’embrasser il tournait la tête.

Pour un petit garçon, ce genre de geste peut faire très mal.

Et puis il y avait les coups de ceinture.

Certains souvenirs s'effacent avec les années.

Ceux-ci, non.

Avant ma naissance

Pour comprendre d'où je viens, il faut remonter des années avant ma naissance.

Notre mère connaissait notre père dès sa plus jeune enfance. J'avais même entendu raconter qu'elle l'avait connu lorsqu'il était encore livreur de lait à Brie-sur-Marne, il conduisait sa charrette tirée par un cheval.

À cette époque, notre père avait déjà vécu une première belle histoire avec la mère de Jean-Claude, son premier fils, né en 1934 d'une précédente union.

Cette femme était bretonne. Leur histoire aurait duré environ deux ans. Puis, souffrant du mal du pays, elle serait repartie vivre auprès de ses parents. Notre père ne l'aurait pas suivie, peut-être par peur de l'avenir, peut-être pour d'autres raisons que je ne connaîtrai jamais.

Notre mère, elle, était encore très jeune lorsqu'elle tombât amoureuse de ce livreur de lait.

Elle attendait son passage avec impatience.

À seize ans, elle avait déjà compris, du haut de sa jeunesse, qu'elle était amoureuse de cet homme qui avait vingt ans de plus qu'elle.

Lorsqu'elle apprit qu'il était libre, elle lui fit comprendre qu'il était l'homme de sa vie.

Lui, sans doute conscient de la différence d'âge de sa jeunesse, ne lui avait d'abord rien dit.

 

Mais elle sut le convaincre.

 

Ils finirent par être ensemble, avec Jean-Claude, et partirent vivre à Dieue, près de Verdun.

Une famille qui s'agrandit

Mon père et ma mère se marièrent le 8 novembre 1941 à

 

Dieue, dans la Meuse.

 

Ils y restèrent quelque temps, jusqu'à la naissance de leur premier enfant, Alain, né en 1942.

Après cela, ils retournèrent à Brie-sur-Marne, chez Henriette ma grand-mère maternelle, chemin de la Montagne.

Mon père avait appris le métier de tapissier-sellier, un métier manuel qui allait lui permettre de travailler et de faire vivre sa famille.

Après Alain, arrive René

Notre frère René arriva le 18 juin 1944, un peu avant la fin de la guerre.

À la Libération, après une dispute avec ma grand-mère, notre père fit une demande de logement et obtint finalement une HLM dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, près de son travail.

Il n'y eut pas de chômage pour lui après la guerre.

Au contraire, il   participa à la restauration de nombreuses salles de cinéma et de théâtre parisiennes.

Il travailla notamment sur des fauteuils et des strapontins du  Gaumont-Palace, de l'Alhambra, du cinéma Pathé et d'autres salles encore.

 

Paris sortait alors d'une période terrible.

La guerre venait à peine de se terminer.

La Libération avait été accompagnée de son lot de règlements de comptes, de désordre et de bouleversements.

 

La ville changeait, mais la vie devait continuer.

Et, dans cette famille déjà bien remplie, un nouvel enfant allait bientôt  arriver.

Et puis, il y eut moi

Après trois garçons

— Alain, René et mon demi-frère Jean-Claude du côté de mon père

— mes parents attendaient peut-être autre chose.

Une fille, peut-être.

Mais non ce fut encore un garçon.

Moi.

Je plaisante parfois en me disant que mon premier cri n'avait certainement pas été plus fort que celui de ma mère lorsqu'elle avait découvert que j'étais encore un garçon !

Dommage pour eux…

 

Mais, avec le recul, je pourrais presque ajouter :

Dommage pour moi aussi.

Je suis né le 20 septembre 1945.

La guerre venait tout juste de se terminer. Le monde sortait de six années de cauchemar et tentait de reprendre son souffle.

Et moi, au milieu de cette immense histoire, je poussais mon premier cri.

Personne ne savait encore ce que serait ma vie.

Personne ne savait les blessures, les joies, les rencontres, les amours et les drames qui m'attendaient.

Moi non plus, évidemment.

J'étais simplement un petit garçon qui venait d'entrer dans ce monde.

Le monde, lui, continuait de tourner

Le 20 septembre 1945, le monde était encore profondément marqué par la Seconde Guerre mondiale.

 

Quelques semaines auparavant, les bombes atomiques avaient détruit Hiroshima et Nagasaki.

Le Japon avait annoncé sa capitulation le 15 août et celle-ci avait été officiellement signée le 2 septembre 1945 à bord du cuirassé USS Missouri, mettant la fin à la Seconde Guerre mondiale.

 

Pendant ce temps, en Inde, le mouvement pour l'indépendance poursuivait son combat sous l'impulsion notamment de Gandhi et de Nehru.

L'Histoire écrivait donc ses grandes pages.

Et moi, sans le savoir, je commençais la mienne.

Une petite vie parmi des milliards d'autres.

Mais cette vie qui est la mienne venait de commencer.

Le cahier de ma mémoire

Le cahier de ma mémoire

4 — Enfant rejeté, transbahuté

 

1947 — La naissance de Raymond

 

Avec la naissance de Raymond commence, pour moi, une

Enfance faite de déplacements. Nous étions tantôt ici, tantôt là, au gré des grossesses nombreuses de notre mère.

Nous étions des enfants que l’on plaçait chez les uns, chez les autres, selon les besoins du moment.

 

En 1949, j’avais quatre ans. De cette période, je garde peu de souvenirs  précis.

Quelques images seulement : l’école, les récréations et surtout ma petite boîte à goûter, qui ressemblait à un petit coffret avec un couvercle arrondi.

À l’intérieur, ma mère glissait un casse-croûte pour le midi.

À cette époque, pas de cantine scolaire. Chaque enfant       mangeait dans la cour ou dans le « pré haut ».

L’école se trouvait rue des Cinq-Diamants, dans le quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris.

 

Puis, dans les années 1950, Alain, René, Raymond et moi avons été placés chez notre grand-mère, à Brie-sur-Marne.

Nous étions gardés soit par Raymonde, la sœur de notre mère, soit par notre oncle Jean, son frère. Jean était un homme très dur avec nous.               

Pour nous punir, il nous faisait mettre à genoux sur un manche de pioche, les mains posées sur la tête.

 

Nous restions ainsi un temps qui nous semblait interminable.

 Je garde de lui un souvenir particulièrement sombre.                                            

C'était aussi lui qui tuait les poules et les lapins pour les vendre                     ou les manger.

Pour nous, enfants, ces scènes étaient impressionnantes.

Heureusement, c'était généralement la tante Lulu qui nous

Accompagnait à l'école et venait nous rechercher.

 

Pour nous rendre à l'école, nous traversions de petits chemins en pleine campagne. Nous faisions environ deux kilomètres, un parcours qui nous  paraissait interminable, surtout les matins froids.

 

Lulu était si proche de nous en âge que nous la considérions presque comme une sœur ou une copine plutôt que comme notre tante.

 

Elle était la sœur d'Eugène. Tous les deux étaient les derniers enfants de notre grand-mère, nés de son union avec son

Troisième compagnon, que nous appelions notre grand-père

Dijon.

Notre histoire familiale

Avant lui, notre grand-mère avait connu Mathieu, un postier. De cette   première union était né mon oncle, André.

Notre Grand-mère maternelle  avait rencontré Jacob Luppu, qui était d'origine roumaine, son prénom en français signifiait Louis.                                        

Il était, « disait-t ‘on » le frère de l'un des entrepreneurs  à l'origine de la  société Jacob-Delafon, l'entreprise était connue pour ses équipements sanitaires révolutionnaires.

 

Avec Jacob, notre grand-mère avait eu cinq enfants : Georges, né en 1920, Suzanne, notre mère, née en 1922, Raymonde, en 1924, et deux autres enfants morts peu de temps après leur naissance, dont un petit Lucien qui n'avait pas vécu longtemps.

 

Mais notre grand-père Jacob avait refusé de se marier avec notre grand-mère. Après dix années de vie commune, il avait quitté à  plusieurs reprises sa compagne et ses enfants, avant de partir définitivement le17 septembre 1929.

 

Le jugement du tribunal civil de Corbeil, rendu en 1931, avait constaté cet abandon de famille, il avait été déchu de ses droits de paternité.

Notre grand-mère s'était donc retrouvée seule avec ses        enfants.

 

Plus tard, elle avait rencontré celui que nous appelions grand-père Dijon.

 

Tous les deux avaient dû se battre pour survivre. Ils cultivaient un petit lopin de terre et vendaient leur récolte sur les marchés, transportée dans une petite charrette à quatre saisons qu'ils

Tiraient eux-mêmes.

Après le marché, notre grand-mère fabriquait aussi des

Bouquets de fleurs artificielles. Elle les assemblait avec

Beaucoup de minutie.

 

C'était un petit travail à domicile qui permettait d'améliorer un peu les fins de mois. Elle gardait également des enfants de l'Assistance publique.                               

Quand je repense à cette époque, je me dis qu'elle devait être                               incroyablement courageuse. Il fallait nourrir cette grande famille et faire vivre tout ce petit monde avec bien peu de moyens.

La boule de feu

 

Parmi les rares souvenirs de cette enfance, il en est un que je n'ai jamais oublié.

 

Un jour d'été, il faisait très chaud, l'air était lourd. Nous avions passé l'après-midi à jouer dans le pré en pente qui se trouvait juste à côté de la maison de notre grand-mère.

 

Ce jour-là, j'avais même été poursuivi par un énorme insecte noir, probablement une grosse guêpe ou un bourdon.

À l'époque, cela m'avait déjà suffisamment effrayé !

 

Puis, dans la soirée, le ciel s'est brusquement assombri.                                     De grosses gouttes de pluie ont commencé à tomber.

L'orage est arrivé avec des éclairs énormes, puis de la grêle.

Tout le monde est rentré précipitamment dans la maison.

J'étais assis à côté de mon frère Raymond lorsque, soudain, quelque chose d'incroyable s'est produit.

 

Une grosse boule de feu est passée tout près de nous. Elle nous avait frôlés.

Nous avons été complètement terrorisés, très choqué même.               

Aujourd'hui encore, je me  demande exactement ce que nous avons vu. Était-ce un phénomène électrique lié à l'orage ?

Une boule de foudre, ce phénomène rare que l'on appelle parfois la foudre en boule ? Je ne saurais pas l'affirmer.

Mais je sais ce que nous avons ressenti. Nous étions devenus tout blancs de peur.

 

Nos tantes Lulu et Raymonde nous ont frictionnés avec de l'eau de Cologne pour nous remettre de nos émotions.

Ce jour-là, nous avons vraiment eu très peur.

Et depuis cet épisode, l'orage est toujours pour moi quelque chose d'inquiétant.

1948 — Jacques arrive

Sa naissance, en 1948, terminait cette première série de garçons.                      

Nous étions désormais plusieurs frères et sœurs à nous partager entre notre mère, notre grand-mère et les différentes personnes qui pouvaient nous accueillir.

C'est aussi là que je comprends mieux pourquoi mon enfance a été faite de ce perpétuel ballottage. Nous étions devenues une famille nombreuse.            

Les grossesses se succédaient.

Les enfants arrivaient les uns après les autres.

Et moi, petit garçon, je grandissais au milieu de cette grande famille, sans vraiment savoir où était ma place.

J'étais là, tout simplement.

 

Transbahuté d'un endroit à l'autre, au gré des circonstances et des possibilités de chacun.

À cet âge-là, je ne pouvais évidemment pas comprendre tout cela.

Mais avec le recul, je crois que cette enfance a laissé en moi une mauvaise impression :

Celle d'être un enfant que l'on déplaçait plus qu'on installait.

C'est probablement là que commence cette sensation de rejet et d'abandon qui accompagnera longtemps ma vie.


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Cette vie qui est la mienne

5 — Souvenir marqué par le sang

 

Jean-Claude, l'enfant à part entière.

 

Nous étions quatre garçons : le grand Jean-Claude, Alain, René et moi, Lucien.

 

Jean-Claude n'avait jamais vraiment été accepté par notre mère.         

Il fut donc décidé que notre grand-mère paternelle, Marie-Louise, le garderait et s'occuperait de son éducation.

 

Notre grand-mère était gardienne d'un immeuble situé dans un quartier chic du XVIᵉ arrondissement de Paris, rue Copernic, juste en face de l'Union libérale israélite de France.

 

Sa loge était minuscule. Elle disposait même d'une toute petite cuisine rudimentaire, aménagée dans la descente de la cave de la copropriété.

 

Elle n'avait évidemment pas la place d'accueillir Jean-Claude dans ce petit logement.

 

Un propriétaire lui proposa alors une solution : une chambre de bonne au sixième étage, destinée à notre frère. En échange, Jean-Claude devait effectuer quelques petits travaux d'entretien dans l'immeuble.

 

C'est ainsi qu'il grandit auprès de notre grand-mère, dans cette chambre tout en haut de l'immeuble, tandis que nous, ses frères, poursuivions notre enfance chacun de notre côté.

 

Enfin, une fille

Après plusieurs garçons, notre famille allait enfin accueillir une petite fille.

Mais pendant la grossesse de notre mère, un événement aurait, semble-t-il, profondément marqué son état.

 

Notre frère Jacques avait failli tomber par la fenêtre du       quatrième étage.

Notre mère aurait subi un terrible choc à la suite de cet        accident.

 

Selon ce qui nous a été raconté par la suite, ce choc aurait  provoqué une malformation chez le bébé qu'elle portait.

 

Lorsque notre sœur Chantal est née, elle souffrait effectivement de graves problèmes de santé.

 

Au début des années 1950, elle était atteinte de ce que l'on  appelait alors la « maladie bleue », une grave malformation cardiaque.

 

Elle dut subir plusieurs opérations.

 

La plus importante fut une opération à cœur ouvert.

Elle fut même, nous disait-on, l'une des plus jeunes enfants à subir une telle intervention à cette époque.

Les médecins ne lui donnaient que trois ou quatre années à vivre.

Pourtant, Chantal allait leur donner tort.

Elle allait vivre jusqu'à l'âge de neuf ans.

 

Notre père et les médecins.

 

À cette époque, notre père avait repris des études.

À force de travail et en réussissant ses concours, il avait     progressivement gravi les échelons. Parti de garçon de salle, il était devenu manipulateur en radiologie dans un hôpital privé.

L'hôpital Marie-Lanelongue faisait partie des établissements où Chantal fut prise en charge.

 

Notre père connaissait donc particulièrement bien le milieu  médical et pouvait suivre au plus près les soins prodigués à notre petite sœur.

 

Elle bénéficia certainement des meilleurs soins que l'on pouvait lui donner à cette époque et de spécialistes compétents.

Mais malgré tout ce que les médecins pouvaient faire, son cœur restait fragile. Chantal vivait avec sa maladie depuis sa       naissance.

 

Et nous, ses frères, la regardions grandir avec cette épée

au-dessus de sa tête.

Une petite fille qui souffrait.

 

En 1960, son état devint de plus en plus critique.

Elle avait des problèmes respiratoires, de terribles migraines et son cœur la faisait souffrir constamment.

 

Elle avait beaucoup de mal à vivre comme les autres enfants.

Mes parents avaient essayé de la mettre à l'école, mais les autres enfants se moquaient d'elle.

Elle devait être protégée en permanence.

Elle ne devait subir aucun choc ni aucune émotion trop forte. Les médecins la surveillaient constamment.

Vers ses huit ans elle commença à avoir des maux de tête qui devinrent de plus en plus violentes, de plus en plus

Douloureuses.

 

Après de nouveaux examens, les médecins lui découvrirent une grosse tumeur au cerveau.

 

Il ne restait plus qu'une solution : tenter l'opération de la

dernière chance.

Mais cette fois, Chantal ne se réveilla pas.

Elle est décédée à l'hôpital de la Pitié.

Elle n'avait que neuf ans.

Je n'avais jamais vu notre père pleurer.

Pourtant, la mort de notre petite sœur fut quelque chose de terrible pour lui.

 

Après toutes ces années de souffrance, de traitements et

D’opérations, Chantal était enfin délivrée de cette vie qui lui avait fait tant de mal.

Mais pour nous, sa disparition laissait un vide immense.

Le souvenir du sang

Et puis il y a un autre souvenir.

Celui-là, c'est le mien.

J'avais seulement six ans.

 

Je jouais avec un petit sac qui était mon jouet.

 

Mon petit frère Jacques me l'arracha des mains. Je repris

Aussitôt mon jouet.

Jacques se mit alors à pousser des cris stridents.

Ma mère, excédée par ses cris, ne chercha pas à comprendre ce qui s'était passé.

Elle m'arracha brutalement le sac des mains et me le fracassa sur la tête.

Il y avait des bouteilles fragiles à l'intérieur.

Le coup fut violent.

Je glissai lentement contre le mur.

J'avais très mal à la tête.

Et puis il y eut le sang.

Mon sang.

Je le vois encore aujourd'hui.

Je vois ce sang qui coulait sur le mur blanc.

Cette image ne s'est jamais effacée de ma mémoire.

J'ai été emmené à l'hôpital.

Mais là encore, même à six ans, il fallait déjà savoir se taire.

J'ai dû dire que je m'étais cogné en jouant.

Je ne devais pas raconter ce qui s'était réellement passé.

Pourquoi ?

Je ne le savais pas vraiment.

J'étais un enfant.

Je savais seulement qu'il ne fallait pas dire la vérité.

Aujourd'hui, plus de soixante-dix ans après, je me souviens encore de ce mur blanc et de ce sang qui coulait dessus.

Il y a des souvenirs que le temps n'efface pas.

Celui-là en fait partie.

C'est peut-être pour cela que j'ai choisi de donner à ce chapitre le titre de         

Souvenir marquer par le sang.

Parce que ce n'est pas une image que j'ai inventée.

C'est une image de mon enfance.

Une image de cette vie qui est la mienne.

                                 

Le cahier de ma mémoire

Cette vie qui est la mienne

 

6-Début d’incompréhension 

 

Après Chantal arrivée de Danielle en 1954

A 10 ans j'ai dû accompagner mon frère Raymond dans un centre pour enfants ayant des difficultés respiratoires, ce centre était une institution, avant tout catholique. 

Notre père était donc en formation pour devenir assistant opérateur manipulateur en radiologie, ce qui allait bien avec sa passion pour la photo.

Il s'était d'ailleurs monté un petit labo dans sa chambre,

38, quai de la Rappée Paris douzième.

Le 22 juin 1954 naissance de Danielle.

Dans le même temps, les parents m'avaient placé en aérium pour que mon frère Raymond ne soit pas seul.

Notre frère Raymond avait des difficultés respiratoires, le traitement étais simple tous les jours, les pensionnaires étaient enfermés dans une pièce en rond.

Au milieu, il y avait un gros appareil qui diffusait un produit sous forme de vapeur.

Nous aurions dit un inhalateur géant. Pour être certain de respirer suffisamment de produit, ils nous faisaient chanter.

Dans la même période, notre père a été opéré d'une hernie discale. 

Un jour de Noël en aérium, Raymond a douze ans, Lucien treize ans.

 

 

Nous sommes bien restés six mois environ à Tourelle, comme ce centre était dirigé par des religieux, le dimanche si nous acceptions de communier, car nous avions en contrepartie droit à un meilleur déjeuner que dans la  semaine, à la différence des autres pensionnaires nous ne voyons jamais nos parents. 

 

Notre mère avec ses nombreux enfants n'y arrivait plus seule, alors notre tante Raymonde était chaque fois qu’elle le pouvait à la maison.

Par contre nous étions un coup chez la grand-mère à Brie sur marne, ou en balade avec les curés, chez les scouts, rien à dire ont s’amusaient entre camarades, dans les bois, le soir ont dormaient dans un énorme dortoir.

Le lundi nous retournions à l’école, rue des cinq diamants dans le treizième arrondissement.

A cette époque nous vivions dans une citée, rue Croulebarbe  une rue avec une superbe descente que nous dévalions avec nos traineaux, fait de roulements à billes « il y avait une petite usine en haut de la rue le patron nous les donnait, ils avaient des petits défauts pour l’usine mais pas pour nous »

Une caisse à orange avec une dérive devant on faisait la course entre 

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Cette vie qui est la mienne

7 — Adolescence et turbulences dangereuses

 

Mon adolescence ne fut pas vraiment une adolescence comme les autres. Elle fut faite de déménagements, de séparations, de familles d’accueil, de travail, de petites fugues dans ma tête et de grandes envies de liberté.

 

Mais, au milieu de tout cela, il y eut aussi quelques belles    rencontres. Des personnes qui, parfois sans le savoir, m'ont montré qu'une autre vie était possible.

Ma marraine Geneviève

 

En 1957, j'avais douze ans. Je passais de temps en temps quelques week-ends chez ma marraine Geneviève, la        compagne de mon oncle Mathieu André, le premier fils de ma grand-mère.

 

Ces moments étaient rares, mais je les attendais avec

impatience. Chez eux, il y avait Monique et Jean-Claude.    

 «Ma cousine et mon cousin ».

 

 Monique était souvent en pension et je la voyais peu.       

Jean-Claude, en revanche, était plus âgé que moi et nous

faisions ensemble les quatre cents coups. Avec lui, je

découvrais une autre façon de vivre. Quelque chose de plus libre, de plus léger.

À Champigny, dans les années cinquante, les terrains vagues étaient nombreux.                                                   

–Pour nous, c'étaient des territoires d'aventure.

Nous y jouions aux petits soldats, nous inventions des histoires et nous  rentrions parfois avec les genoux sales et les           vêtements dans un état qui  devait faire grimacer les adultes.

Mais qu'importe ! Pendant quelques heures, j'étais simplement un gamin qui s'amusait avec son cousin.

 

Je garde de cette famille des souvenirs heureux, même s'ils 

furent trop rares.

 

Il y avait aussi ma tante Amélie, que nous appelions Méli. 

Elle était la cousine germaine de notre mère et l'épouse de mon parrain Toto. J'ai peu de souvenirs de Toto, mais j'aimais aller chez ma tante et retrouver ma cousine Solange.

 

Ma tante aimait bien prendre un petit verre en bas de leur rue des Boulets, dans le vingtième arrondissement.

Et moi, en grandissant, je me suis mis à aimer ce quartier.

Plus vieux. J'y retrouvais mes copains. Nous allions jouer au  billard, au baby-foot et au flipper au Capétien, une brasserie fréquentée par les jeunes du quartier.

 

C'était notre monde.

 

Un billard, quelques parties de baby-foot, le bruit des flippers, les copains et cette sensation étrange que la vie commençait doucement à s'ouvrir devant nous.

Une communion que je n'avais pas choisie.

À douze ans, je n'ai pas vraiment eu le choix : il fallut faire ma première communion avec mon frère René.

Sur une photographie, nous sommes là, alignés dans nos aubes Raymond à gauche, puis moi, Lucien, René et Jacques.

Pour cette communion, mon oncle André Mathieu remplaça mon parrain Toto.

Ce sont des souvenirs qui me reviennent par petites touches, comme des images anciennes que l'on retrouverait dans une boîte oubliée.

 

L'année suivante, à treize ans, les curés m'envoyèrent en colonie de vacances à Pontarlier, dans le Doubs.

La cheftaine était vraiment sympathique et, pour une fois,  je passai de bonnes vacances. Il fallait bien passer le temps.

Quand les bêtises des autres devenaient les miennes.

À cette époque, lorsqu'une bêtise était faite, c'était souvent Lucien qui était désigné.

 

Je me souviens particulièrement d'une histoire qui aurait pu être banale, mais qui me valut une correction que je n'oublierai jamais.

Un jour, en rentrant de l'école, mon père me roua de coups.

 

Je ne comprenais pas pourquoi.

Ce n'est que plus tard que j'ai compris.

Mon frère Alain avait jeté une lettre par la fenêtre.

Cette lettre disait que nous étions des enfants maltraités.         

Il l'avait fait parce que nos parents l'avaient privé de sortie la veille.

 

Moi, je savais qu'Alain était l'auteur de la lettre. Mais un      voisin m'avait confondu avec lui. Il avait trouvé la lettre, sans même l'ouvrir, et l'avait   remise à mes parents en affirmant que c'était moi qui l'avais jetée.

Je n'avais rien dit.

 

Pourquoi ?

 

Je ne sais pas vraiment. Peut-être avais-je simplement appris depuis longtemps qu'il valait mieux se taire.

Après cette histoire, Alain devint plus protecteur avec moi.

C'est quelque chose que je n'ai jamais oublié.

Plus tard, mes parents me disaient parfois que j'avais de la chance d'avoir Alain pour me protéger.

Ils avaient raison.

Le quai de la Râpée.

 

Je ne sais plus si c'était en 1957 ou en 1958, mais une nouvelle étape arriva avec un nouveau déménagement.

Nous partîmes habiter au 38, quai de la Râpée, dans le        douzième  arrondissement de Paris.

C'était une très grande cité de logements à loyer modéré.

Nos parents avaient obtenu un F5 au troisième étage d'un des immeubles.

 

Pour l'école, nous allions dans le quartier de Bercy, rue Villiot, à proximité de ce qui deviendrait plus tard le ministère des 

Finances et le POPB.

 

 

À cette époque, le quartier était bien différent de celui que l'on connaît aujourd'hui.

 

Tout près se trouvait également une usine liée à la famille de notre grand-père déchu.  Il arrivait ainsi que notre mère

rencontre son père à la sortie de l'usine.

 

C'était encore une époque où les familles se croisaient au

Hasard des rues, des ateliers et des quartiers.

Des vacances... vraiment ?

En 1957-1958, avec mon frère René, nous fûmes à nouveau placés par le Secours catholique.

Pour moi, ce fut dans une famille d'agriculteurs, Monsieur et Madame Beau, à Nancray, dans le Doubs, pas très loin de     Besançon.

René, lui, fut placé dans une famille de particuliers.

 

Je dois reconnaître que je commençais à regarder mes parents autrement.

Et, avec le temps, certaines choses ne s'arrangèrent pas.

Une rancœur commençait à s'installer en moi.

 

Je ne comprenais pas pourquoi, à treize ou quatorze ans,

je devais travailler alors que René, lui, n'y était pas obligé.

Je n'ai jamais reçu de réponse satisfaisante.

 

Alors j'ai gardé cette question en moi.

Et certaines questions, lorsqu'elles restent trop longtemps sans réponse, finissent par devenir de la rancœur.

La ferme de Nancray.

 

Le travail des champs était dur pour un garçon de mon âge.

Heureusement, Monsieur et Madame Beau étaient des gens gentils.         

Leur gentillesse me donnait envie de faire de mon mieux et de ne pas me plaindre.

 

Le matin, je me levais vers cinq heures.

À dix heures, enfin, venait le casse-croûte.

Et quel casse-croûte !

De la charcuterie en quantité, de grandes tranches de pain de campagne... Pour moi, c'était presque une fête.

J'avais notamment pour mission d'aller à la cave tirer la piquette au tonneau.

 

Après ce moment de répit, retour aux champs.

Nous travaillions jusqu'à midi ou treize heures selon l'avancement du travail.

Un commis italien travaillait avec nous.

Nous devions rassembler les bottes de foin et les charger dans une charrette tirée par un cheval.

L'herbe avait été fauchée deux jours auparavant. Avec le soleil, elle avait  séché et était devenue du foin.

 

La fille de la maison et sa mère avaient préparé les bottes.

À nous de les charger à la fourche dans la charrette.

Puis il fallait passer un grand râteau sur le sol.

Rien ne devait rester.

Le soir, en rentrant à la ferme, le travail continuait : rentrer les vaches, les traire, nourrir les cochons...

Puis venait la soupe.

Et enfin le lit.

Le premier soir, j'avais mal partout.

Mais j'ai dormi comme un loir.

René et les quilles.

René, considéré comme plus fragile que moi, avait été placé dans une famille non fermière, juste en face de la ferme où je travaillais.

Nous nous retrouvions le dimanche après-midi.

 

Dans le village, il y avait souvent des concours de quilles en bois. Le principe ressemblait un peu au bowling, sauf qu'à cette époque ce n'étaient pas des machines qui relevaient les quilles. C'étaient les gamins du village.

 

Nous étions chargés de les remettre debout après chaque     partie. En échange, nous recevions parfois une petite pièce.

C'était peu de chose, mais pour nous c'était une petite fortune.

De la menue monnaie gagnée avec nos bras et nos jambes.

Une deuxième famille.

À la fin des vacances, nous pensions rentrer chez nos parents, au quai de la Râpée.

Mais non.

Le Secours catholique nous plaça à nouveau dans un village situé un peu plus bas dans la vallée. Je crois me souvenir qu'il s'appelait Bouclans.

Nous étions à la moitié du mois de septembre.

Notre nouvelle famille d'accueil s'appelait Wicky.

Ils étaient originaires de Paris.

Quelle chance !

Nous retrouvions une famille sympathique.

Et, pour moi, c'était presque un soulagement.

J'allais enfin pouvoir souffler un peu.

Je me souviens de leur simplicité.

Après l'école, le soir, les plus grands nous aidaient à faire nos devoirs.     

Puis venait la soupe.

Et après la soupe, toute la famille se retrouvait autour d'un vieux poste de radio à lampes.

Nous écoutions les feuilletons et les émissions de l'époque : « Ça va bouillir, La Famille Duraton, Papa, maman, la bonne et moi »,  et tant d'autres.

Quel bonheur !

Nous étions tous assis autour de la table, le ventre rempli d'une soupe simple et légère, et nous écoutions les voix sortir de ce vieux poste.

 

Aujourd'hui, cela peut sembler bien peu de chose.

Pour moi, c'était beaucoup.

Il y avait quelque chose de chaleureux dans ces soirées.

Pas besoin de grand-chose pour être heureux.

Une famille autour d'une table, un vieux poste de radio et quelques voix qui nous racontaient des histoires.

 

À la campagne, l'école était différente également. Plusieurs niveaux étaient réunis dans la même classe.

Cela nous faisait drôle.

Le mercredi, nous jouions sur la place du village.

Et puis, deux mois plus tard, nous sommes finalement rentrés chez nos parents.

Quinze ans : le naufrage commence

À quinze ans, en 1960-1961, quelque chose changea

profondément en moi.

Entre quinze et dix-neuf ans, je peux dire que j'ai vécu un

véritable naufrage.

Je ne comprenais plus mes parents.

Je n'acceptais plus leur autorité.

Je m'enfermais dans le silence.

Je cherchais tous les moyens de m'évader de cette famille trop grande, trop bruyante, trop difficile à comprendre, pour moi.

Je pouvais m'évader dans un livre.

Ou dans le travail.

Chaque fin de mois, le peu que je gagnais comme apprenti dans un atelier de reprographie devait être remis à mes         parents.

Je n'avais le droit de garder que dix pour cent, que le père me reversait quand le chèque du patron était encaissé.

 

Bien sûr ça me révoltait.

 

Je n'étais pas responsable de cette grande famille.

Alors pourquoi devais-je en payer le prix ?

Je ne trouvais pas la réponse.

J'ai donc commencé à faire, en dehors de mon travail, toutes sortes de petits boulots.

« Bon je me rabâche surement un peu, mais bon ! »

Avec ce peu d’argent, petit à petit, j'ai pu m'acheter « pièces par pièces » mon premier vélo.

Puis, plus tard, ma première mobylette.

C'était plus qu'un moyen de transport.

Pour moi, c'était un morceau de liberté.

 

Le temps des yéyés.

 

À dix-sept ans, en 1962, le monde autour de moi commençait à changer.

 

C'était le début des années yéyé.

 

Les radios diffusaient de nouvelles musiques. Les jeunes voulaient chanter, danser, monter des petits groupes.

Moi aussi, j'aurais aimé connaître tout cela.

Écouter les tubes.

Sortir avec les filles.

Aller au cinéma.

Apprendre à danser.

Vivre simplement ma jeunesse.

Mais, pour moi, il fallait surtout travailler. Travailler encore.

 

Et toujours travailler.

 

Heureusement, certaines personnes allaient me faire découvrir une autre façon de vivre.

 

Des gens plus ouverts, plus modernes pour l'époque, qui me montrèrent qu'il existait autre chose que les règles auxquelles j'avais toujours été soumis.

Un peu d'air libre

 

Vers quinze, seize ans, j'ai rencontré un couple qui allait compter beaucoup dans ma vie : André et Suzanne.

Ils avaient trois filles : La petite Annie et Evelyne les filles de Suzanne— enfin, comme je l'ai toujours expliqué, il y avait la grande Annie, fille d'André, née d'une première union.

 

André avait perdu sa première compagne.

 

Il avait alors cherché quelqu'un pour tenir son petit commerce, place d'Armes à Saint-Maur-des-Fossés.

 

Il travaillait souvent le soir aux urgences de la transfusion sanguine de   l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, cet hôpital où j'étais moi-même né.

 

Un de ses collègues cherchait du travail pour sa femme.

André lui proposa alors de venir l'aider au magasin.

Elle accepta, car avec deux petites filles et un seul salaire, ce travail était providentiel.

 

C'est ainsi qu'André et Suzanne se rencontrèrent.

Ils finirent par s'aimer et construisirent ensemble leur famille.

 

Et moi, comment suis-je arrivé chez eux ?

 

L'histoire est un peu compliquée.

La sœur d'André était mariée avec le frère de Geneviève, la femme de mon oncle Mathieu André.

 

 

 

Geneviève était ma marraine.

C'est donc par ce drôle de jeu de famille indirectement, que je fis leur connaissance.

Et je ne remercierai jamais assez Geneviève de m'avoir permis de rencontrer ces personnes.

 

Chez André et Suzanne, je découvris quelque chose qui n’était pas qu’une famille, quelque chose que je ne connaissais pas jusque-là :

L’affection.

La tendresse.

La simplicité.

Et même une certaine forme d'amour familial.

Ils m'apprirent beaucoup de choses.

Leurs filles aussi.

Elles m'apprirent notamment quelques pas de danse.

Pour moi, c'était presque une révélation.

 

Moi qui avais surtout connu les contraintes, du travail,

je découvrais qu'on pouvait aussi rire, danser, plaisanter,   simplement profiter d'un moment de relaxation.

Bien sûr, je travaillais dur au magasin.

Je rangeais les casiers de conserves, je descendais les caisses d'eau et de vin dans la cave, j'aidais André pour ses livraisons.

 

André avait été chauffeur dans les années vingt ou trente.

À cette époque, lorsqu'un autobus crevait, le chauffeur devait changer lui-même la roue de son véhicule.

Un jour, après une crevaison, le cric ne supporta pas le poids du bus.

Il céda.

Le véhicule lui écrasa la jambe.

Qu’il fallut l'amputer.

André marchait ensuite avec une prothèse qui le faisait très  souffrir. C'est aussi pour cela que mon aide à la boutique était devenue précieuse.

 

Mais pour moi, cette famille représentait bien davantage qu'un simple lieu de travail.

Elle était devenue une fenêtre ouverte sur une autre vie.

Mon premier amour

Et puis il y eut Tita.

Ou Tina.

Je ne sais même plus exactement comment je dois écrire son prénom aujourd'hui.

Je sais simplement que je ne l'ai jamais oubliée.

C'est Annie qui me l'avait présentée.

J'avais tous justes dix-sept ans.

Elle devait en avoir seize.

Elle était toute petite, jolie, brune une italienne.

Elle ne parlait pas beaucoup français.

Mais cela n'avait aucune importance.

À cet âge-là, on n'a pas besoin de beaucoup de mots.

Nous nous retrouvions parfois dans l'escalier qui montait aux                       appartements, au-dessus de la boutique.

Nous nous cachions.

Nous restions là, longtemps, simplement à nous embrasser.

Je me souviens encore de cette sensation.

 

J'étais aux anges.

 

Ses lèvres avaient, dans mon souvenir, un goût de miel.

C'était mon premier amour.

Et peut-être que le premier amour laisse toujours une trace particulière, parce qu'il arrive à un âge où tout est nouveau.

Un regard suffit.

Un sourire suffit.

Une présence suffit.

Et soudain, le monde paraît différent.

Mais cette belle histoire ne dura pas.

J'ai reçu plusieurs avertissements.

On me fit comprendre que les familles calabraises ne

plaisantaient pas avec leurs filles.

Il fallait que j'arrête cette relation.

Sinon...

Je n'ai pas eu le courage de continuer.

J'étais jeune.

J'ai eu peur.

Alors j'ai renoncé.

Pendant longtemps, j'ai payé le prix de cet amour abandonné.

Ma vie sentimentale en fut profondément perturbée.

Et même après toutes ces années, je n'ai jamais vraiment

oublié Tita.

Apprendre un métier pour gagner ma liberté.

Il fallait pourtant continuer à avancer.

J'avais commencé un apprentissage dans une école professionnelle des métiers du cuir, au Centre Turquetil, vers la Nation.

Je pouvais devenir cordonnier ou finir à la chaîne dans une usine de fabrication de chaussures.

Très peu pour moi.

Je ne voulais pas travailler à la chaîne.

Encore moins passer ma vie dans une usine.

Et puis je refusais de retourner au lycée.

Je voulais travailler.

Je voulais, comme mes frères Jean-Claude, Alain et René,

Gagner mon propre argent.

Déjà, dans le petit atelier où travaillait Alain, le chef d'atelier avait accepté de me prendre pendant mes temps libres.

C'est ainsi que je découvris la reprographie.

L'atelier Beuthier était divisé en plusieurs spécialités :

façonnage de plans, tirage Diazographie, photocopie, service de courses et bureaux.

Les différents ateliers étaient séparés par des cloisons vitrées.

Je pouvais donc observer les ouvriers travailler.

Et parmi eux, il y avait les gélatineurs.

Je les regardais s'activer autour d'une grande table.

J'étais fasciné.

Un jour, j'ai dit à Robert, le chef d'atelier :

— C'est ça que je veux faire.

Il m'a regardé.

— Et l'école ?

— Oui...

Mais je savais déjà que l'école n'était pas faite pour moi.

Robert finit par me dire :

— Alors prends ces adresses et va te présenter de ma part.                                      Avec tes parents. Ils te prendront sûrement comme apprenti.

 

Je suivis son conseil.

Je commençai dans un tout petit atelier spécialisé dans la

gélatine.

Le chef était très dur avec moi.

Le patron, heureusement, l'était beaucoup moins.

Je n'y restai pas plus de six mois.

Puis, toujours grâce aux adresses de Robert, j'entrai chez

Industria.

 

Mon patron s'appelait Bodart.

J'y restai jusqu'en 1967, en incluant la période de mon service militaire, de novembre 1964 à février 1966.

 

Je me souviens de William Mallefilatre, mon chef d'équipe, et de Fauvet, responsable du service Diazographie.

Cette année-là, de quinze à dix-neuf ans, m'ont profondément marqué. Elles ont construit une partie de l'homme que je suis devenu.

Les années yéyé, les filles et les blousons noirs

 

C'était aussi le temps des yéyés.

 

Le temps des guitares électriques, des « waouh, waouh ».                                       Et des radios-crochets et des garçons qui rêvaient de devenir chanteurs.

Tout le monde voulait avoir son petit groupe.

Les filles voulaient être les premiers fans d’un groupe qui

Réussirait.

Moi aussi, j'ai connu quelques amours passagers.

Des rencontres d'un soir, d'un jour, parfois un peu plus.

 

À cet âge-là, on cherche surtout à découvrir la vie.

Il y avait aussi les bandes rivales, les blousons noirs, les

Bagarres et parfois les chaînes de vélo.

 

Les concerts pouvaient devenir complètement fous.

Gene Vincent, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry...

 

Et puis le petit Johnny Hallyday.

 

Je me souviens de ses concerts et de l'ambiance complètement déchaînée qui pouvait y régner.

C'était une époque de folie.

Une jeunesse qui voulait vivre vite, très vite.

Moi, au milieu de tout cela, je cherchais simplement ma place.

Je voulais travailler, gagner mon argent, avoir ma liberté, aimer une fille, sortir, danser et connaître enfin cette vie que j'avais l'impression d'avoir toujours regardée de loin.

 

J'avais encore beaucoup de choses à apprendre.

Et les années qui allaient suivre n'allaient pas être plus           tranquilles.

 

Mais quelque chose avait changé en moi.

 

J'avais commencé à comprendre que, malgré tout ce que j'avais vécu, je pouvais essayer de construire ma propre vie.

Je ne savais pas encore comment.

Je savais seulement que je ne voulais plus subir.

Je voulais vivre.

Et, à dix-sept ans, même si je ne le savais pas encore, le     chemin allait bientôt m'emmener vers d'autres rencontres, d'autres amours, d'autres blessures...

 

Et surtout vers l'homme que j'allais devenir.


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Cette vie qui est la mienne

8 — Passage obligé vers la majorité

 

Le samedi après-midi et le dimanche matin, je travaillais à l’épicerie de Dédé et Suzanne.

 

C’étaient sans doute mes meilleurs moments.

 

Chez eux, je me sentais utile, apprécié et surtout reconnu.

Ils étaient devenus, quelque part, des parents de substitution.

Ils m’avaient félicité pour mon travail et leurs compliments me rendaient fier et heureux.

 

Je les aimais beaucoup.

La semaine

La semaine, je travaillais la journée à l’atelier Industria.

 

Après plus de trois années de travail, j’étais enfin devenu, à presque dix-huit ans, un ouvrier qualifié.

Cette qualification m’avait valu une petite augmentation de

salaire de la part de mon patron, Monsieur Bodart.

 

J’étais fier de moi.

 

Je pensais que mes parents le seraient aussi, « mais non ».

 Ils  auraient pu le faire naturellement, ils ne m’ont même pas félicité. 

Ma paye, comme les autres avaient été engloutis  simplement encaissée, c’est tout, ça m’avait frustré.

 

Le soir après ma journée de travail, je continuais encore à faire deux heures de petits boulots, ici ou là. Il fallait participer à nourrir cette famille nombreuse. Dans ce logement, ceux qui travaillaient devaient contribuer à faire vivre les autres, Alain lui avait su négocier avec les parents « il participait que pour sa bouffe » Je suis sûr que René aussi alors oui je trouvais ça injuste.

 J’avais fini par comprendre que mon salaire ne m’appartenait vraiment pas.

 À la maison, je devenais de plus en plus silencieux.

Je ne disais presque plus rien.

Seulement :

« Bonjour. »

« Bonsoir. »

« Merci. »

« Au revoir. »

Et c’était tout.

 

Il y avait plusieurs raisons à ce silence.

D’abord, les derniers coups de ceinture que j’avais encore reçus vers la fin de mes dix-sept ans.

Ensuite, je n’en pouvais plus des injustices.

Je l’ai déjà raconté, mais certaines blessures me reviennent      toujours lorsque j’écris le quotidien de ce passé douloureux

Les affaires que je m’achetais avec l’argent de mes heures  supplémentaires, faites après ma journée,  je les retrouvais parfois sur le dos de mes frères.

Moi, je devais les laver les repasser si je voulais mettre mes  vêtements propres.

Et il y avait toutes les petites humiliations, toutes ces vexations accumulées au fil des années. Certaines peuvent sembler insignifiantes vues de l’extérieur, mais lorsqu’elles s’ajoutent les unes aux autres, elles finissent par vous faire mal.

Je ne pourrais même pas toutes les raconter.

Peu à peu, j’étais devenu un étranger dans ma propre famille.

À dix-sept ans, j’avais déjà compris quelque chose de terrible c’est: Que l’on ne pouvait vivre sous le même toit, qu’avec des gens qui sont votre famille et pourtant je n’avais plus le      sentiment d’en faire partie.

 

Mon départ pour le service militaire approchait.


Chaque jour, il se rapprochait un peu plus.

Et, pour la première fois peut-être, je ne le redoutais pas.

Il était temps que je parte.

Temps de quitter cette maison.

Temps d'essayer de devenir quelqu'un par moi-même.

Je ne savais pas encore ce que l'armée allait me réserver.

Je savais seulement une chose :

Je devais partir.

Puis vint le jour où tout bascula, mais c’est bien après mon départ en Novembre 1964 et mon retour en Février 1966. 

« Que oui je ne devais plus rien à mes vieux » fin de cette partie

Quelques années plus tard, le père est décédé, le 18 octobre 1971.

 Ma mère, elle, a continué sa vie avec les derniers enfants, Thierry, Dominique, Patrick, le onzième.

Ma génitrice est décédée le 26 mai 2012.

Entre ces deux dates, il y eut encore toute une vie.

« Entre autre bien sûr » La mienne qui avait continué, loin de cette enfance et de cette adolescence, qui m’avaient laissé tant de blessures.

Certaines traces, ne disparaitront, jamais vraiment.


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9-Mon service militaire : de novembre 1964 à février 1966.

 

Résumé de ma vie de militaire

 —Soldat coiffeur

Enfin adulte

La haine

 Enfin, l’armée !

J’y suis allé en courant… enfin, presque.

La veille de mon départ, je n’avais rien dit à personne.

J’avais préparé un petit bardât avec quelques-unes de mes affaires préférées et laissé le reste. Le matin, je suis parti très tôt.

Personne n’était encore levé. Personne pour pleurer mon départ.

 La haine.

 Ce n’était peut-être pas le plus beau départ que l’on puisse imaginer, mais, au fond de moi, il y avait aussi autre chose : un immense sentiment de liberté.

Pour la première fois, je quittais mes parents et j’allais enfin pouvoir vivre sans être constamment sous leur regard.

 Le cœur lourd, je suis arrivé à la gare de Lyon, avec mon billet de transport  militaire payé par l’État.

 Mon service militaire allait durer de novembre 1964 à février 1966.

Cette période, je dois le redire, m’a libéré et surtout émancipé de mes parents.

L’armée, finalement, ne s’est pas trop mal passée.

 Il y a pourtant eu un épisode qui m’a profondément marqué et dont je me souviens encore aujourd’hui.

 À cette époque, lorsqu’on arrivait à l’armée, il fallait commencer par quatre  mois de formation militaire.

J’ai donc connu le camp du Ruchard, en Indre-et-Loire.

Le Camp du Ruchard est un camp militaire situé dans les environs de Vilaires-les-Rochers et de Avon-les-Roches en Indre-et-Loire.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le camp du Ruchard servit.

De Centre de Rassemblement des Étrangers.

 Les terrains du camp sont achetés à la commune d'Azay-le-Rideau.    

Par l'armée. Il fut le terrain de manœuvre des unités d'infanterie du  9e Corps d'armée de 1884 à 1945.

Un bureau de poste y fonctionnait dans les années 1872 « on y utilisait le cachet d'oblitération gros chiffre de numéro 1824 ».

En tant que centre mobilisateur « CM 32 », il servira de support et de terrain de manœuvre au 32° régiment d'infanterie « de réserve », puis au 32° Régiment de commandement divisionnaire à partir de 1973 et jusqu'à sa dissolution en 1991.

Après cette période, on nous demandait ce que nous faisions dans le civil.

— Que faites-vous dans le civil ?

J’ai répondu que je travaillais dans une imprimerie.

— Très bien. Vous allez faire un stage de coiffeur.

— Bien, mon colonel !

Me voilà donc parti avec mon baluchon en direction de Tours, à la caserne Baraguey-d ’Hilliers, pour apprendre le métier de coiffeur militaire.

 Après deux mois de stage et plusieurs semaines de pratique sur les cheveux de mes camarades, tout allait plutôt bien.

 Ma cuite de fin de classes.

 En décembre 1964, avec le traditionnel pot de fin de classes.

Et là, j’ai vraiment été très malade.

Une cuite mémorable.

À partir de ce jour-là, je me suis juré :

 Fini l’alcool !

 —Et, pour une fois, j’ai tenu parole.

 Soldat coiffeur.

 Après mon stage à Tours, j’avais été affecté à Châteauroux, au 90e régiment d’infanterie, à la caserne Bordesoule.

Pendant cette période, j’allais également une fois par semaine à la Martinerie,    à Déols, pour donner quelques coups de ciseaux et de tondeuse sur les petites têtes blondes de nos amis américains.

 Puis un jour, ce fameux sergent-chef est entré dans la pièce vétuste qui me servait de salon de coiffure. Elle se trouvait juste à côté du poste de garde.

Comme pour les autres, je lui ai coupé les cheveux comme je l’avais appris : courts.

 Il m’avait pourtant demandé de ne pas les couper trop courts. Mais, pour moi, la coupe était conforme au règlement. Je n’avais pas compris qu’en réalité, monsieur voulait simplement garder les cheveux un peu plus longs.

Il ne m’a rien dit directement.

Mais à partir de ce jour-là, tout a changé.

 Le sergent-chef.

 Ce sergent-chef était un ancien militaire de la guerre d’Algérie. Il en faisait voir à tout le monde. C’était une vraie ordure, de la pire espèce.

 Pour lui, je l’avais mal coiffé.

 À partir de ce jour-là, je suis devenu sa tête de Turc.

Je ne peux pas vous raconter toutes les saloperies qu’il m’a fait subir : corvées de chiottes, de cuisine, de chambre… Il trouvait toujours quelque chose à me faire faire.

Et comme si cela ne suffisait pas, un jour, j’ai eu la mauvaise idée de sortir en ville pendant un quartier libre.

 Avec quelques camarades, nous avions retrouvé des amis américains dans le centre de Châteauroux, près de la gare, juste en face du Faisan Doré, l’endroit où les jeunes avaient l’habitude de se retrouver.

 À cette époque, nous n’avions pas le droit de quitter la caserne en civil. Et évidemment, ce jour-là, nous avions bravé l’interdit.

 Tout à coup, mes camarades ont crié :

 Courons ! Il y a la PM !

 La PM, c’était la police militaire.

J’ai essayé de fuir à mon tour, mais je n’ai pas eu de chance. J’ai été rapidement rattrapé et arrêté.

Et là, le comble : le chef de la police militaire française n’était autre que… mon fameux sergent-chef.

M’a directement raccompagné en cage, autrement dit en en case prison.

 Motif : sortie en ville en civil.

 Mais je n’ai pas voulu dénoncer mes camarades.

Le commandant a alors doublé ma peine : de huit jours de salle de police, je suis passé à dix jours de prison, avec des corvées pendant la journée et des gardes la nuit devant l’entrée de la caserne.

C’était dur.

Je dormais deux heures, puis je montais la garde pendant deux heures, debout, sans bouger.

 Un enfer.

 Je lui en ai voulu, à cette ordure.

 Les inondations.

 Finalement, je n’ai pas fait les dix jours.

De grosses inondations avaient touché les champs et les récoltes de maïs étaient sérieusement menacées.

 Une comtesse, avec l’aide de la préfecture, avait demandé à l’armée d’intervenir pour sauver ce qui pouvait encore l’être dans les champs de ses métayers.

Et nous voilà partis.

De l’eau, de la boue, les mains et les pieds dans cette merde…

 Pas grave.

 Pour moi, l’essentiel était ailleurs : étais que j’étais enfin à l’air libre.

 Nous couchions à la ferme et nous étions bien nourris.  

Après quelques jours de travail, nous avions réussi à sauver plus de la moitié de la récolte.

 Mes camarades ont même eu droit à une petite enveloppe offerte par la patronne des métayers.

Moi ?

Rien.

Pas grave.

 Mais, à mon retour, j’ai été convoqué dans le bureau du

capitaine.

Il m’a annoncé que ma peine était ajournée.

Et surtout, la coiffure militaire, c’était terminé pour moi.

Je devenais désormais un soldat comme les autres.

Pas grave, me suis-je dit.

Il ne me restait plus que trois mois à faire.

 Je garde de cette époque quelques souvenirs particuliers,

notamment une coupure de journal qui m’avait été offerte par une amie de :                                    

 La Nouvelle République, en 1965.

 Sur cette coupure elle nous avait pris alors que nous avions étés délégué comme gardes au palais de justice de

Châteauroux à la place des gendarmes qui dû en urgence une autre mission.

 J’ai également connu des périodes où nous étions chargés de remplacer la gendarmerie au palais de justice de Châteauroux.

 L’armée, c’était tout cela à la fois : les ordres, les corvées, les gardes, les  copains, les Américains, les permissions… et parfois des situations complètement inattendues, comme.

 Et les filles, à l’armée…

 Il y avait aussi les rencontres.

À cette époque, j’étais encore assez maladroit avec les filles.

J’avais rencontré une gentille petite coiffeuse que j’aimais bien. Elle venait après une petite Portugaise qui travaillait chez des gens assez aisés.

 Avec cette jeune coiffeuse, je n’avais pas très bien compris ce qu’elle souhaitait.

Elle voulait que nous passions un moment ensemble, mais certainement pas dans la chambre de ses patrons, qui étaient partis pour deux ou trois jours.

Nous avions donc trouvé un endroit beaucoup moins confortable : le carrelage du couloir.

Nous nous sommes embrassés et nous nous sommes               rapprochés. Mais lorsque j’ai voulu aller plus loin, elle m’a      arrêté.

— Non, je ne veux pas. Je suis vierge et je veux le rester jusqu’au jour de mon mariage.

Je lui ai simplement répondu intérieurement :

C’est comme ça.

Je n’ai pas insisté.

Nous nous sommes embrassés en nous quittant.

Je ne l’ai jamais revue.

 Avec Frankie.

 J’avais aussi mon meilleur pote, Frankie.

Avec lui, nous nous baladions pendant les quartiers libres.

Un jour, nous avons rencontré deux femmes plus âgées que nous, d’une bonne vingtaine d’années. Elles étaient encore très séduisantes et semblaient rechercher la compagnie de jeunes hommes.

Avec le recul, je comprends que nous étions très jeunes et qu’elles savaient   probablement mieux que nous ce qu’elles faisaient.

La rencontre a été pour le moins mouvementée.

Je dois même avouer que, de mon côté, j’ai eu beaucoup de mal à être à la    hauteur de la situation.

Elles, en revanche, semblaient parfaitement savoir comment s’y prendre.

 Après une heure ou deux, disons simplement que tout s’est finalement arrangé.

 Une autre rencontre.

 Mon pote Frankie avait également rencontré une jeune femme assez particulière.

Il m’avait raconté cette histoire avec son humour et sa façon très crue de parler des choses.

 Cette femme avait des habitudes sexuelles particulières et demandait notamment à être frappée légèrement pour atteindre le plaisir.

 Frankie, lui, avait d’abord refusé, parce qu’il ne voulait pas frapper une femme.

Puis, puisqu'elle le demandait clairement et qu'elle était d'accord, il avait fini par accepter ses règles.

 Elle semblait surtout vouloir des aventures sans s'attacher à personne.

Frankie m'avait ensuite raconté cette histoire en me proposant de faire sa  connaissance à mon tour.

 Avec le recul, ces souvenirs me font sourire autant qu'ils me surprennent.   

Nous étions jeunes, nous découvrions les femmes, la sexualité et la liberté avec toute la maladresse de nos vingt ans.

 La fin du service.

 Voilà à quoi ressemblait une partie de ma vie militaire.

Il y eut les bons moments, les mauvais, les punitions, les corvées, les gardes,  les copains, les rencontres, les fous rires et parfois les galères.

 Mais derrière tout cela, il y avait surtout quelque chose

d'essentiel pour moi :

 L’armée m'avait permis de devenir adulte.

 J'avais quitté mes parents avec le cœur lourd et beaucoup de rancœur.

Je n'étais plus le gamin que l'on pouvait déplacer d'un endroit à l'autre.

 J'apprenais à me débrouiller seul, à prendre mes décisions, à supporter les coups durs et à avancer malgré tout.

 Même ce sergent-chef, que je détestais profondément, aura

finalement laissé quelque chose dans ma mémoire.

 Il m'a appris, à sa manière, qu'il fallait parfois encaisser sans renoncer.

 Mon service militaire s'est terminé en février 1966.

 Je suis revenu avec mes souvenirs, mes colères, quelques histoires que je  n'oublierai jamais… et surtout avec le sentiment d'avoir franchi une étape.

J'étais enfin un adulte.

Le cahier de ma mémoire

Cette vie qui est la mienne

 

10 — Mon service militaire « deuxième partie »

 

Moi, ça faisait au moins trois mois que je n’avais rien fait avec une fille, malgré mes scrupules, mon corps en réclamait ça me démangeait. 

Il fallait que je me soulage et pas en solitaire, mais avec cette drôle de fille « qui m’attendait ».

 Alors : j’ai suivi les conseils de mon pote « je vous passe,       les détails». Après deux ou trois gifles timides, puis plus fortes à sa demande, «elle avait vraiment pris son pied…Bah moi  aussi ».

Très dérouté après avoir joui en elle, à sa demande.      

Je me suis juré de ne plus jamais faire ça à une femme, même avec une autre nymphomane.  

 Le temps a passé à deux cents à l’heure. 

«Enfin » bientôt la quille !

 Pourtant, notre capitaine — Tricotet, c’était son nom — avait prévu un combat interarmées contre les Américains de la base militaire de Châteauroux « Déols ».

On avait eu plusieurs  entraînements, une sorte de simulations de combat, mais là c’était moins cool.

 Surtout à la veille de notre libération. 

Avec cinq autres de ma classe « la 64 2C », mon ami compris, après quelques escarmouches dans la journée avec les Ricains.

 Le soir venu, nous avions réussi à nous planquer dans une ferme. 

Le fermier était super sympa. 

On lui avait dit que nous  étions « libérables », alors il nous avait hébergés dans sa grange, planquée dans le foin.

 Ça pétaradait dehors, et on est restés là toute la nuit.

Notre hôte nous a réveillés à cinq heures du matin.

Dehors, c’était enfin calme. 

« Vous devriez repartir» nous hurla le fermier.

 On a marché discrètement vers notre unité.

Nos camarades avaient vaincu les Ricains.

Ah ah ah ! « Avions-nous fait ! »

Le lendemain matin, rencontre avec le capitaine.

Félicitations pour notre victoire contre les Ricains.

 — qui, semble-t-il, n’en avaient rien à foutre de gagner ou de perdre.

 Il nous a remis nos diplômes de bonne conduite et nous a souhaité bonne chance pour notre retour à la vie civile.

 Après être passés à l’économat pour restituer nos paquetages 

« la chance : le mien était complet », ce n’était pas le cas pour tout le monde », nous avons franchi la grille de la caserne.

Les gardes nous ont salués.

Quel merveilleux souvenir.

Chacun est parti, de retour dans la vie civile…            

 Et les emmerdes à venir.

 

Le cahier de ma mémoire

 

Cette vie qui est la mienne

 

                      11-Après mes obligations militaires

 

De 1966 à 1970, Denise…

 

5 octobre 1967 : arrivée de Didier

 

Après mon service militaire, ma vie avait repris son cours.

Le 5 octobre 1967, Didier est né. Il est aujourd’hui difficile de parler de lui sans avoir une pensée pour sa disparition,        

le 23 août 2018.

Sa sœur Ghislaine l’a accompagné jusqu’à son dernier souffle.                                 

La veille de sa mort, elle lui avait murmuré :

— Je t’aime, mon petit frère.

Il lui avait répondu tout doucement :

— Moi aussi.

Il est parti en paix, très tôt, le matin du 23 août 2018.

Je me souviens également du baptême de la première fille de René. C’était, je crois, en 1970.

 Sur une photo, on peut voir ma sœur Danielle, Malou, Jean-Claude, Dominique, Didier juste en face, et derrière Dominique, Marie-Laure dans son landau. À côté, il y a Jean-Michel. Je ne reconnais pas les autres personnes à droite.

Nous avions certainement accepté l’invitation puisque Didier était là.

30 janvier 1967 : mon arrivée chez Dorel

 À cette époque, j’étais toujours chez Industria. J’étais allé voir mon patron, Monsieur Bodart, pour lui demander une petite augmentation. Elle m’avait été accordée, mais elle était tellement minime qu’elle ne changeait pratiquement rien à nos difficultés. Celles-ci devenaient de plus en plus importantes.                                     

Je n’avais donc plus vraiment le choix : il fallait que je cherche ailleurs une entreprise qui travaillait elle aussi dans la gélatine.

Le 30 janvier 1967, j’ai réussi à me faire embaucher chez Dorel, une entreprise connue notamment pour ses procédés de gélatinographie.

 J’y avais obtenu un meilleur salaire que chez Industria.

Mais, malheureusement, Denise avait perdu son emploi.

Elle avait alors décidé de garder des enfants, en plus des nôtres.

Malgré cela, rien n’y faisait. Notre couple commençait à battre de l’aile.

Dispute sur dispute.

Je n’en pouvais plus.

J’ai pourtant résisté encore deux ans.

- 1970 : je quitte Denise.

 Et puis, un jour de 1970, après une très grosse dispute, j’ai fait quelque chose que je considère encore aujourd’hui comme lâche : j’ai quitté le domicile. J’ai fait une valise avec tout ce que j’ai pu prendre et je suis parti. Malgré ses pardons et ses excuses, je lui ai dit non :

— Tu as dépassé les bornes.

À ce moment-là, je pensais surtout que je n'en pouvais plus de cette vie.

 -Denise avait dit à Ghislaine :

 — C’est de ta faute, tout ça. T’as gâché ma vie.

La pauvre ne comprenait pas.

Ghislaine avait presque sept ans et faisait encore pipi au lit.                                                                   

Le docteur pensait qu’elle avait probablement subi un traumatisme, peut-être lié à la naissance de son petit frère.

 Denise portait sûrement davantage d’attention à Didier qu’à Ghislaine.

Moi, j’aurais voulu qu’elle reprenne un vrai travail.

Nous aurions eu moins de difficultés financières, j’en suis convaincu.

Ghislaine avait également des problèmes aux yeux.  

Un jour, elle avait confondu le feu rouge et le feu vert à un passage piéton et s’était fait renverser. Heureusement, il y avait eu plus de peur que de mal.

Je suis persuadé que si nous avions travaillé tous les deux, nous nous en serions mieux sortis. Mais Denise avait préféré rester à l’appartement de Gagny, qu’elle avait obtenu grâce à son travail chez Alstom.

Les fins de mois étaient vraiment très difficiles. J’avais même dû me trouver un travail d’appoint.

C’est probablement à cette époque que je me suis dit :

 -Lucien, il est temps de fuir.

 -Evelyne.

 Ma rencontre avec Evelyne Patte avait été l’occasion de tourner la page. Je le reconnais aujourd’hui : ce que j’avais fait n’était pas très sympa. Mais dans certaines situations, on ne réfléchit plus vraiment. C’est la situation qui parle à votre place.

 Depuis, je me dis que lorsque rien ne va plus, il ne sert à rien de s’entretuer : il vaut mieux fuir.

 -J’avais rencontré Evelyne dans le métro.

 Je ne voulais pas laisser passer cette nouvelle histoire, alors que mon ancienne vie était devenue si difficile.

Elle m’avait ouvert les bras ce jour-là…

Et pas que les bras.

Je lisais L’Exorciste, debout dans la rame de métro. Elle aussi le lisait.

Cela nous avait rapprochés.

Nous vivions chacun, de notre côté, une sorte de cauchemar.

Moi, avec une femme avec qui je ne supportais plus de vivre.

Elle, parce qu’elle avait surpris son mari au lit avec un ami.

Elle les avait tous les deux mis dehors.

 À cette époque, découvrir que son mari était homosexuel était, dans certains milieux, vécu comme une honte absolue.

Quelques jours après notre rencontre, nous sommes allés voir ensemble le film L’Exorciste, qui était alors le film culte du moment.

 -La suite.

 Avec le recul, je crois que certaines personnes supportent très mal de voir leur ancienne vie continuer sans elles.

Quand on n’a pas eu la vie que l’on souhaitait et qu’un jour on découvre que son ex-conjoint a réussi à refaire sa vie, cela peut réveiller beaucoup de rancœur.

 Denise avait tellement bourré le crâne de son fils qu’il en était arrivé à confondre son père, son géniteur, avec celui qu’il considérait comme son beau-père : l’amant de sa mère.

Cet homme faisait tout pour être bien vu de Didier.

Il payait notamment pour réparer certaines de ses bêtises et de ses histoires de trafics en tout genre.

Didier avait alors tiré un trait sur son véritable père et refusait de le voir.

Pourtant, celui-ci n’avait jamais manqué à ses devoirs.

Il avait toujours payé la pension pour Ghislaine et pour Didier.

Plusieurs fois, j’étais allé chercher Didier chez sa mère.

Un jour, Denise m’avait dit qu’il devait être dans un café.

Excédé, avec Patricia, nous avions cherché dans tous les bars du coin.

Finalement, dans une petite rue, nous avions remarqué un groupe de jeunes devant une porte.

 -Didier était là.

 Il avait quinze ans. Il était complètement égaré, perdu, certainement alcoolisé et peut-être drogué.

Il m’avait dit qu’il ne voulait pas me voir et qu’il allait.                          

« Se faire chier » chez moi ».

C’était vraiment très dur à entendre.

Jamais il ne m’avait parlé comme ça.

 Ce n’était plus le gentil garçon, sage et très réservé, que je connaissais, en fait.

Je ne le reconnaissais plus.

 -Les pensions et le désaveu de paternité.

 En 1982, Denise avait fait une demande d’augmentation de pension pour les deux enfants.

 J’avais reçu un avis du tribunal : je devais donc payer davantage.

Mais pour Ghislaine, la situation avait changé. Elle n’allait plus à l’école et allait avoir dix-huit ans. Je ne devais donc plus payer pour elle.

Pour Didier, il restait encore moins de trois ans.

 Ma voisine, qui était avocate, avait plaidé pour que Ghislaine soit désavouée dans les règles, par une procédure de désaveu de paternité.

Je n’avais eu aucun problème à fournir les témoignages et les preuves nécessaires.

 En mars 1983, Ghislaine ne s’appelait plus Monnéry.

Elle avait repris le nom de sa mère : Gayvrama.

Pour Ghislaine, le drame était que cette triste histoire se répétait.

Denise avait vécu quelque chose de semblable en 1962, lorsqu’elle  était revenue de Madagascar, via La Réunion, enceinte.                    

Sa propre mère l’avait alors mise dehors.

Alors pourquoi avait-elle fait subir la même chose à sa fille avant ses dix-huit ans ?

 -C’était vraiment dégueulasse.

 Ghislaine avait été jetée dans la rue, pour avoir certainement avouée à sa mère qu’elle était enceinte. Heureusement, la famille de son petit ami avait accepté de l’accueillir alors qu’elle était dans cette situation.

 J’avais appris tout cela par mon avocate.

 Pour la pension, je ne devais désormais plus rien pour Ghislaine.

Denise, surprise de ne recevoir que la moitié de la pension réévaluée, avait alors engagé une nouvelle procédure contre moi. J’avais reçu une mise en demeure d’un huissier de justice me demandant de payer la totalité de la pension. Mon avocate l’avait informé de la procédure en cours contre Denise.

 -Le mariage de Didier.

Il avait fallu le mariage de notre fils Didier pour que Denise retrouve sa fille Ghislaine. Sur une photo, Ghislaine est  semble-t-elle pas très joyeuse de revoir celle qui l’avait jetée dehors.

 -La punition.

Malheureusement, Denise n’avait pas pu rencontrer ses deux  petits-enfants, que Ghislaine avait eus avec celui qui l’avait accueillie les bras ouverts, avec la gentillesse des parents quand sa propre mère l’avait mise dehors. De cette belle union Didier et Isabelle naquit  ma première petite-fille:

 -Mélanie.

Qui a aujourd’hui en 2026 ma petite fille va avoir 28 ans elle a fait plusieurs beaux voyage.

Son travail pour l’économat ne lui plaît pas trop.

Elle souhaite se lancer dans la mode « enfin ai-je cru comprendre.

Juste pour dire que son père serait sans doute très fière d’elle. 


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Cette vie qui est la mienne

 

  12-Les procédés Dorel 

 

Le 30 janvier 1967, je suis arrivé chez Dorel.

Je venais de quitter Industria, où j'avais appris mon métier de gélatineur.

Je cherchais surtout à améliorer ma situation et j'avais réussi à me faire embaucher chez Les Procédés Dorel, une entreprise connue pour ses procédés de reproduction, notamment la gélatinographie.

 J'y avais obtenu un meilleur salaire.

Pour moi, c'était important.

 Mais je ne savais pas encore que cette entreprise allait me permettre de perfectionner mon métier et que j'allais finalement y passer une grande partie de ma vie professionnelle.

 -Les Procédés Dorel

 Les Procédés Dorel étaient installés à Paris, au 45, rue de Tocqueville, dans le XVIIe arrondissement. L'immeuble, construit au début des années 1920 pour l'entreprise, possède une magnifique façade ornée de mosaïques et d'inscriptions. Elle témoigne encore aujourd'hui de l'importance qu'avait autrefois cette maison.

 La société Dorel avait été fondée en 1900.

 Elle s'était spécialisée dans la reproduction de dessins, de plans d'architectes, de documents techniques et de nombreux autres travaux. Félix Dorel, ingénieur chimiste, avait développé des procédés de reproduction utilisant notamment la gélatine.

Ces procédés permettaient de reproduire des documents à une époque où la photocopie moderne n'existait pas encore.

 Les Procédés Dorel ont également reproduit de nombreux livres et documents. Des ouvrages portant encore aujourd'hui la mention

« Reproduit par les procédés Dorel » sont conservés dans les collections de la Bibliothèque nationale de France.

Mais derrière cette histoire, il y avait surtout des hommes et des femmes qui travaillaient avec leurs mains.

 Et moi, j'étais l'un d'eux.

 Mon métier : la gélatinographie

 La gélatinographie était un procédé de reproduction qui utilisait une matière à base de gélatine.

La formule exacte avait longtemps été tenue secrète.

Elle reposait sur plusieurs composants, notamment la gélatine, le sulfate de fer, l'agar-agar, le fiel de bœuf, l'alun et une petite quantité d'eau.

 À l'époque, ce procédé pouvait paraître presque magique à celui qui ne le connaissait pas. Mais pour nous, ce n'était pas de la magie.

 C'était notre métier.

 La préparation de la plaque demandait beaucoup de précision.

La matière chaude était coulée sur une plaque de zinc installée sur un système permettant de la relever jusqu'à environ 90 degrés. Je versais la préparation avec un seau qui pouvait contenir quinze à vingt litres.

 Une partie de la matière restait sur la plaque. Le surplus s'écoulait dans une gouttière puis dans un seau.

Il fallait ensuite redescendre rapidement la plaque, car la gélatine se figeait très vite.

 Sous la plaque de zinc se trouvaient des plaques de marbre. Un système de refroidissement, avec de l'eau réfrigérée circulant dans des tuyaux, permettait de refroidir rapidement le marbre et la plaque.

 Tout cela demandait de l'expérience.

 Il fallait connaître la matière, sa température, sa réaction et surtout savoir travailler rapidement.

Le ferro-prussiate

Une fois la gélatine préparée, intervenait le ferro-prussiate.

Le document original était préparé sur un calque puis insolait le ferro-prussiate. Celui-ci était ensuite appliqué sur la gélatine.

La réaction chimique tannait la gélatine aux endroits correspondant au dessin.

Le graphisme du plan se retrouvait alors reproduit à l'envers sur la plaque de gélatine, afin de pouvoir ensuite être imprimé sur le papier.

C'est là que commençait véritablement le travail du gélatineur.

 -L'encrage.

 Avec un rouleau d'encrage, nous déposions l'encre sur la gélatine.

La particularité du procédé était que les parties tannées retenaient l'encre tandis que les autres parties pouvaient être nettoyées.

Il fallait parfois enlever de petites imperfections que nous appelions les « pétouilles ».

 -Puis venait le moment du tirage.

 L'opérateur appliquait soigneusement une feuille de papier, généralement de bonne qualité, directement sur la gélatine.    Il fallait alors exercer la bonne pression et avoir le bon geste pour obtenir une reproduction propre et fidèle.

Cela paraît simple lorsque je l'explique aujourd'hui.

Mais ça ne l'était pas.

C'était un véritable savoir-faire.

Des documents parfois immenses.

La gélatinographie permettait de réaliser des reproductions sur différents supports : papier, intercalaires, chemises cartonnées avec sangles, et également des travaux en noir ou en plusieurs couleurs.

Nous pouvions reproduire de très grands plans, parfois de plusieurs mètres de longueur.

Il pouvait s'agir de plans de voirie, de réseaux de gaz, d'électricité, de téléphone et de bien d'autres installations.

Tout cela était réalisé manuellement.

Pas d'ordinateur.

Pas d'imprimante numérique.

Pas de machine capable de faire automatiquement le travail.

Il y avait la matière, les plaques, les produits chimiques, les outils et surtout la main et l'expérience de l'ouvrier.

 De gélatineur à chef de production.

 Chez Dorel, j'ai continué à apprendre et à progresser.

Puis l'ancien chef de production, Monsieur Tiruel, est parti à la retraite. Et c'est moi qui ai été choisi pour lui succéder.

Je suis donc devenu le nouveau chef de production.

Pour moi, ce fut une grande satisfaction.

Je n'étais plus seulement l'ouvrier qui exécutait le travail :   

On me confiait désormais la responsabilité de la production.

Je connaissais parfaitement le métier, ses difficultés,  ses exigences et ses petits secrets.

Je savais ce qu'il fallait faire pour obtenir un bon tirage.

Je savais reconnaître une matière bien préparée.

Je savais corriger les défauts.

Je savais aussi que dans ce métier, rien ne remplaçait l'expérience.

 Un métier aujourd'hui disparu.

 Lorsque je repense à cette période, je mesure le chemin parcouru.

La gélatinographie appartenait à un monde professionnel qui n'existe plus aujourd'hui.

Les machines modernes, l'informatique et les procédés numériques ont remplacé ces techniques manuelles.

Pourtant, je ne veux pas que ce métier disparaisse complètement des mémoires.

—Parce que je l'ai pratiqué pendant près de vingt ans.

—Parce que j'en connais les gestes.

—Parce que j'en connais les matières.

—Parce que j'ai travaillé avec ce procédé de mes propres mains.

—Et parce que j'en ai encore les photographies et les souvenirs.

Les Procédés Dorel ne sont plus aujourd'hui ce qu'ils étaient autrefois.

De l'ancien bâtiment industriel, la façade du 45, rue de Tocqueville est restée comme un témoin de cette époque.

 Elle rappelle qu'à cet endroit, des hommes et des femmes ont travaillé pendant des décennies à reproduire des plans, des livres et des documents grâce à des procédés qui paraissent aujourd'hui presque incroyables.

 -Mais derrière cette façade, il y a aussi mon histoire.

 J'ai été gélatineur pendant près de vingt ans.

 Je suis l'un des derniers hommes à avoir pratiqué ce métier par le procédé Dorel, la gélatinographie.

 Et si je raconte tout cela aujourd'hui, c'est pour qu'un métier issu à la fois de la chimie, de la matière naturelle et du savoir-faire humain ne soit pas complètement oublié.Car ce métier, ce n'était pas seulement un procédé.

 C'était mon métier.  Et je l'ai fait.

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Cette vie qui est la mienne

 13-Évelyne Patte et mon permis de conduire

 Christophe, 3 ans « décédé à 20 ans », 

-J’ai une photo ou  il est avec mon fils Didier, 6 ans.

 -Évelyne Patte, une jolie rencontre

 Après ma séparation et mon divorce très compliqué avec Denise,

Évelyne Patte fut une jolie rencontre.

 Elle travaillait dans le dix-septième arrondissement, comme moi.

 Au début, nous nous voyions très simplement.

Nous parlions de tout et de rien. Ce qui avait peut-être contribué à nous rapprocher, c'est sans doute un livre : L'Exorciste.                                                       

Elle lisait elle aussi ce bouquin. Nous n'avions pas encore vu le film, pourtant déjà au box-office.

-Cinq ans pour divorcer

Évelyne avait été là pour m'aider, heureusement.

Elle travaillait comme comptable dans une entreprise d'emballage-layetier d'objets d'art. Je n'avais pas honte de dire qu'elle avait un très bon salaire. Dès les premiers jours, elle m'avait tendu la main.

Je ne lui avais rien caché sur ma vie avec Denise et nos différents déboires. Il faut reconnaître qu'il y avait des mois où je ne pouvais pratiquement rien apporter à notre couple. Entre les avocats, les avoués, les changements de palais de justice et la pension des enfants, ma paie ne suffisait pas.

 Elle me prêtait un peu, beaucoup, passionnément… si j'ose dire.

Denise m'avait pourri la vie. Sa vengeance fut terriblement insurmontable. Grâce à elle, j'ai visité au moins trois villes, surtout leurs palais de justice : Paris, Créteil, puis Pontoise.

 Je ne comprenais pas cet acharnement. Dans chaque ville, les avocats refusaient de poursuivre le dossier. Je payais pour rien.

 -Les voleurs, ces gens-là », me disais-je.

 Abandon d'enfants ? Pour une femme, ce n'était pas grave à cette époque… Ah bon ! Le jour où Denise a abandonné les enfants

 -Et voilà le pire.

 Comme chaque jour, je prenais mon travail à huit heures du matin.

 -Une journée comme les autres.

 Avant d'aller au travail, Évelyne et moi allions prendre un petit café ensemble dans une brasserie située entre nos deux lieux de travail. En début de journée, notre responsable de service, Monsieur Gillet, donnait le travail à chaque chef d'équipe.

Une table correspondait à trois personnes : un chef de table ou chef d'équipe et deux ouvriers.

Première étape : le démaculage du travail de la veille.

Je reviendrai sur ce mot plus loin.

Vers onze heures, je ne me souviens plus exactement de l'heure, Monsieur Gillet, qui était à la réception avec un client, est revenu vers moi tout bizarre.

Il m'a dit : Va vite au portail, une personne veut te voir.

 J'ai ôté rapidement mon tablier et ma blouse et je suis arrivé devant l'entrée.

 —Didier et Ghislaine étaient là, en pleurs, en cris.

—Leur mère venait de les abandonner.

—Elle était déjà loin, elle courait sans se retourner.

 Je me suis habillé en vitesse et j'ai retrouvé les enfants.

Direction Gagny, à la mairie, dans les bureaux des assistantes sociales.

 J'étais complètement abasourdi. 

Je m'attendais à tout, sauf à ça. Je me suis expliqué sur ma situation du moment, notamment mon hébergement chez une amie depuis notre séparation. Je vous passe les détails de mes explications avec les services sociaux. Ils ont trouvé très vite une famille d'accueil en Normandie. 

Vers dix-huit heures, un chauffeur de la petite enfance nous a emmenés dans cette famille.         Je les ai accompagnés pour rassurer les enfants. Denise leur avait fait un petit bagage de fortune. Je vous jure que j'étais très mal.

-Et les enfants n'étaient pas mieux.

 Quel traumatisme pour eux ! J'en avais conscience. J'étais certain que leur vie serait marquée par ce triste jour. Trois heures plus tard, nous sommes arrivés dans cette famille d'accueil. Les enfants étaient à bout de forces, durement touchés par cette journée. Ils se sont écroulés de fatigue, si bien qu'ils ne se sont même pas aperçus de mon départ.

 Entre-temps, j'avais appelé Évelyne pour lui raconter l'affreuse histoire de cette journée.                 À mon retour, elle m'attendait. Elle m'a pris dans ses bras. Je pleurais.

 —Mes nerfs avaient lâché.

—Le lendemain, retour à Gagny.

—J'ai déposé une main courante pour abandon d'enfants.

Puis retour à la mairie pour les formalités au bureau d'aide sociale, avec l'espoir d'obtenir une aide pour la garde des enfants. Je l'ai obtenue. Si petite soit-elle, elle était directement versée à la famille d'accueil. Je complétais chaque mois.

 -Didier près de moi.

 J'appelais régulièrement Ghislaine et Didier.

Je les ai pris plusieurs  week-ends avec moi. Mais Évelyne n'acceptait pas Ghislaine et, pour Didier, elle le tolérait tout juste.

 -Alors, au final, j'allais les voir seul.

 Ghislaine, qui commençait à se rendre compte de la situation, ne souhaitait plus venir avec moi. Apprendre que je n'étais pas son père fut sans doute un traumatisme supplémentaire pour elle, je l'ai supposé.

 Elle préférait rester dans sa famille d'accueil.

 Alors, avec l'aide des services sociaux d'Aubervilliers, j'ai recherché Didier pour l'avoir plus proche de moi.

 Je l'ai fait placer dans une autre famille.

 Cette nouvelle famille habitait dans une grande tour appelée la tour Périphérique. Elle donnait — et donne toujours, d'ailleurs

 — sur le boulevard circulaire, le périphérique.

Didier n'avait plus grand-chose comme affaires valables.

Je ne m'en étais pas rendu compte, mais il avait beaucoup grandi.

Avec Évelyne, nous l'avons rhabillé complètement.

 —Enfin, mon fils était près de moi.

 Chaque week-end, nous passions de merveilleux moments ensemble.

Mais chaque fois que je le ramenais, c'était l'horreur : des cris, des pleurs, encore et encore.

J'en avais vraiment marre.

Enfin, mon permis de conduire !

Malgré tout ça, une bonne nouvelle : enfin, j'avais eu mon permis, après trois essais.

Premier essai à l'armée : j'avais été piégé.

En civil, c'était interdit à cette époque. Quand tu étais militaire, tu devais rester militaire.

Les cons !

Donc, je n'avais pas pu passer mon permis.

Deuxième essai : je l'ai passé quand j'étais avec Denise.

À cette époque, c'était dans la voiture et beaucoup à la tête du client, voire même, disait-on, avec des dessous-de-table et la complicité de certaines auto-écoles. C'est comme ça que René, mon frère, l'avait eu, comme ça certainement.

 -Di Maria, il s'appelait, l'inspecteur.

 Un pied-noir. Un vrai vice-lard.

Il semblait prendre plaisir à voir trembler le candidat dans la voiture.

Je n'avais pas trop mal répondu à ses questions, mais pour le parcours, j'étais en panique complète.

 -Calé, recalé.

 —Je le voulais, ce permis !

Évelyne m'avait offert un 33 tour sur le permis de conduire :

Comment réussir son permis.

Moi, des bouquins, j'étais à fond dedans : du rabâchage jour et nuit, des cassettes VHS…

Le permis, c'était une grille avec quarante ou cinquante questions sur un écran où passaient quatre mises en situation du code de la route.

 Il fallait mettre une croix sur la ou les cases A, B, C ou D.

Di Maria — encore lui — était l'inspecteur principal de l'épreuve.

Enfin, convocation à la sous-préfecture du Raincy, dans le 93.

Début de l'épreuve.

Quelle chance ! Je voyais tout ce que j'avais appris par cœur.

Dernier tableau.

Fin de l'épreuve.

Enfin !

Arrivé devant mon tortionnaire, il a posé son transparent de contrôle sur ma grille.

Une fois.

Deux fois.

D'un seul coup, il se lève et hurle, tout fier :

Hé, les amis ! J'ai un zéro faute, là !

Je n'y croyais plus.

Sur cinquante candidats, j'étais le seul à avoir fait zéro faute.

Je n'en revenais pas.

J'ai eu mon papier pour passer la conduite, que j'ai obtenue en deux passages.

Qui m'a fait passer la conduite ?

Di Maria, cette fois encore.

Il m'avait dit :

 Ce n'est pas mal, mais il vous manque encore un peu de conduite.

-La haine !

Il ne comprenait pas qu'avec sa façon d'impressionner le candidat, il foutait la trouille à celui qui était au volant.

 -Deuxième passage.

 Après plusieurs leçons supplémentaires, je suis enfin tombé sur un autre inspecteur.

Tout s'est bien passé.

J'étais gonflé à bloc.

De toute façon, il ne s'est pas beaucoup occupé de moi. Il discutait avec le moniteur de l'auto-école, un ami à lui.

Tiens donc…

À un moment, il me dit :

 Allez à droite.

Zut, zut, zut !

Je vais à gauche.

Et oui, je suis ambidextre.

« Pas grave », m'avait-il dit. « Rattrapez plus loin. »

Trente minutes plus tard, je me dis :

« Bon, bah c'est foutu. »

Il sort un carnet jaune, le pose, puis prend le carnet rose.

Hourra !

Après quelques notes, il m'a donné mon papier en me disant :

 Bon, je vous fais confiance, je vous le donne.

 Ouf !

Enfin, j'avais mon permis de conduire.

Notre première voiture

Le père d'Évelyne nous avait offert sa vieille voiture, une deux-chevaux.

Elle tombait trop souvent en panne.

Alors nous avons trouvé une belle R8, pas trop chère.

Nos vacances ?

Elles étaient dans le Sud-Est ou le Sud-Ouest.

La mère d'Évelyne avait de la famille des deux côtés.

Une année à droite, l'autre à gauche.

Première année de permis : la Camargue, en Renault 8 Major.

Avant, c'était soit le train, soit tassés dans la voiture du père.

Une condamnation que je n'ai jamais comprise

J'avais été condamné pour avoir rendu à leur mère ses enfants, qu'elle avait pourtant abandonnés quatre ans plus tôt.

Une mère que je considérais comme indigne de ce nom et qui n'était jamais intervenue pour leur bien-être.

 En plus, j'avais été condamné pour avoir adopté une fille qui n'était pas de moi, mais qui était issue d'un viol par un marchand de tapis malvoyant — en plus !

 -Je l'ai appris bien plus tard.

 Alors, à mon tour, je me suis senti violé par la justice, qui avait profité de ma faiblesse pour me donner l'estocade.

Je trouvais que le juge n'y était pas allé avec le dos de la cuillère.

J'étais devenu un voyou et elle recevait des lauriers.

-C'est ça, la justice.

J'ai assisté à des jugements en tant que juré. Oui, c'est ça : les jurés sont bidons. C'est le juge qui leur donne son avis pour les jugements. Il est trop juge et partie. Forcément, les jurés suivent le juge, presque à chaque fois.

Oui, j'en ai voulu à ce ou ces juges de ne pas avoir tenu compte du fait que moi, je ne les avais pas mis dehors, et encore moins laissés sans rien.

Je m'étais battu pour leur bien-être, même si ce n'était pas parfait.

Moi, j'avais été condamné à payer chaque mois 500 francs, soit 76,22 euros, et elle, cent francs, soit 15,24 euros, qu'elle n'avait pratiquement jamais payés.

 Ce jugement m'avait achevé, mais il avait aussi eu raison de mon couple avec Évelyne.

 -La fin de notre histoire

 Foire du Trône, en juillet 1975.

J'avais tenu ma promesse : je couperais ma moustache si, avec Évelyne, notre histoire prenait fin.

Oui, ce n'était pas encore complètement la fin, mais ça n'en était pas loin.

Nous en avions parlé longuement.

Évelyne était très portée sur le sexe.

Moi, je n'assurais plus trop.

Je n'étais vraiment pas à la hauteur. Alors elle allait ailleurs.

Je ne souhaite pas salir sa mémoire, car c'était vraiment une chic fille.

J'avoue lui devoir beaucoup.

Elle était atteinte de rhumatisme articulaire aigu.

Elle m'avait appris sa maladie et aussi comment agir en cas de crise.

J'avais donc appris à lui faire ses injections intramusculaires.

Dès qu'elle avait une crise, avec des contractions musculaires, des blocages et de très fortes douleurs, il lui fallait rapidement son traitement.

Cela la fatiguait beaucoup.

Elle allait s'allonger le temps que la crise passe.

Elle avait toujours sur elle ce qu'il fallait pour son traitement.

Je m'étais formé pour pouvoir lui faire correctement ses injections.

Une dernière fois

Une dernière chose, avant de fermer cette partie de ma vie.

Son ami d'enfance la voulait depuis longtemps.

Mais, par deux fois, elle en avait préféré un autre.

Quand nous nous sommes séparés, elle avait dit qu'elle irait avec lui.

« De toute façon, rien ne m'empêchera de voir ailleurs », m'avait-elle dit.

J'avais trouvé une petite location proche de mon travail, rue Legendre.

Nous avons continué à nous voir encore quelques mois.

Il est vrai que j'aimais beaucoup faire l'amour avec elle.

Je n'ai pas rencontré de femme avec la même fougue.

-Un jour, elle m'avait appelé :

 J'ai une crise, viens vite.

 Alors j'ai foncé avec mon R8.

Je lui ai fait son injection.

Elle m'avait demandé d'attendre que la crise passe.

Elle est passée.

Alors elle m'a collé contre elle, m'a embrassé chaleureusement et m'a dit :

Reste cette nuit avec moi, je veux te faire l'amour une dernière fois.

Cette dernière fois fut vraiment inoubliable.

Il avait fallu que je fasse un choix : l'aquarium et mon tableau… ou la Renault 8 Major. J'ai choisi la R8, avec quelques regrets.

Et puis est arrivée celle qui, aujourd'hui, partage ma vie depuis cinquante ans.

 MAIS NON, PAS LA VOITURE !

 Évelyne avait accepté, avec ses parents qui poussaient derrière, de se marier avec son ami d'enfance, un catholique limite intégriste.

-La pauvre.

Avec elle, il n'aura pas la loi.

Quelques années plus tard, j'ai appris qu'elle avait eu une fille.

Neuf mois après notre dernière fois.

Je suis certain qu'elle était de moi.

Enfin… Un secret bien gardé.

                                            Le cahier de ma mémoire

Cette vie qui est la mienne

14-Divorce et désaveux de paternité

Début du divorce

 Après avoir abandonné Ghislaine et Didier devant la porte de mon travail en 1970 j'avais rencontré un avocat, quand il m'avait donnés ses honoraires je suis tombé de haut, mais je ne pouvais rester dans cette situation d'ambiguïté la petite Evelyne me plaisait bien alors je m'étais dit un jour si nous devions aller plus loin autant être libéré de cette furie «Denise».

 Enfin un tribunal qui a accepté avec l'aide de cet avoué maître Malherbe de recevoir ma requête comme ils disent, Denise avait donc été condamnée.

 Elle avait étés condamnée à un droit de visite et une pension de cinquante francs, par enfants elle en avait payé, qu'une seule car je l'avais obligé en retour au tribunal à ce que sa condamnation soit exécutée.

 Elle exerçait, je m'en souviens bien, son droit de visite quand ça l'arrangeait, la famille d'accueil de Normandie qui gardait Ghislaine en avait assez, de ne pas savoir quand elle viendrait, chercher sa fille.

 Après l’entrée dans de très grande difficulté et la fin de mon histoire avec Évelyne

En effet à cause de son fils Christophe, qui ne recevait aucune autorité il n'écoutait personne, alors je commençais de plus en plus à m'engueuler avec Évelyne au début, je lui disais tu ne devrais pas le laisser faire ce qu'il veut, ce gosse ne respecte rien, aucune autorité en plus les parents et grands-parents, d'Evelyne le chouchoutaient et le gâtaient vraiment trop,

alors il leurs crachait dans la gueule, montait sur la table, poussait d'énormes colères, personne ne lui disait rien, puis moi j'avais été avertis de ne pas me mêler de l'éducation de ce petit monstre.

 Évelyne n'avait jamais acceptée mes enfants et ça c'est la première raison de notre séparation.

 Denise dans le même temps, avait enfin retrouvé un certain équilibre elle avait trouvé  un travail après quatre années et un copain routier, elle pouvait enfin récupérer ses enfants.Après sa demande auprès des services sociaux et des enquêteurs judiciaires ceux-ci avaient conclus que la mère ne pouvait pas être désavoué, Un nouveau jugement qui ne fut pas en ma faveur, complètement lessivés je lui avais donc proposé de reprendre ses enfants, pour qu'ils se retrouvent ensemble enfin.

 -Ghislaine ne voulait pas vraiment retourner chez sa mère,

«je m'en souviens encore elle dit à sa mère de toute façon tu es méchante tu nous as abandonnés» à neuf ans elle avait souffert de cette séparation, j'en avais la conviction.

Des juges ça non j'avais rendu des enfants à une femme qui les avait abandonnée. J'avais été condamné pour avoir rendu à une mère ses enfants, alors que quatre ans plutôt elle les avait abandonnés.

 Une mère indigne de ce nom et qui n'était jamais survenue à leurs. Bien-être, sans compter que j'avais été condamné pour avoir adopté une fille qui n'était pas la mienne, mais issus d'un viol par un marchand de tapis malvoyant.

 Ceci étaient les dires de Denise, un aveu quelle m'avait fait au début de notre rencontre voilà, alors à mon tour je me sentais violé par cette justice, qui avait profité de ma faiblesse, pour me donner l'estocade.

Bien sûr j'avais de la haine à cette époque. Je trouvais que le juge n'y avait pas été avec le dos de la cuillère, j'étais devenu un voyou et elle recevait des lauriers c'est ça la justice en 1974...

 J'ai assisté à des jugements en tant que juré, oui c'est ça les jurés, ils sont bidons c'est le juge qui leur donne son avis pour les jugements, il est trop juge et partie, forcément les jurés suivent le juge, presque à chaque fois.

 Oui j'en avais voulus à ces juges, de ne pas avoir tenu compte, que moi je n'avais pas mis dehors les enfants et encore moins laissé sans rien, je m'étais battu pour leur bien-être, même si ce n'était pas parfait.

 J'avais étés condamné à payer chaque mois 500 francs 76,22 euros, elle a cent francs 15,24 qu'elle n'avait payé qu'une seule fois. Ce jugement m'avait achevé, mais il avait aussi eu raison de mon couple avec Évelyne.

 -Dernier combat contre la diablesse.

 Chaque mois pendant huit ans j'ai envoyé en temps et en heure « contrairement à Denise », les cinq-cents francs, mais voilà qu'un jour boom, je reçois d'un tribunal une révision de la pension alors qu'il était bien spécifié que cette pension ne devrait pas être révisée sur le coût de la vie.

 -Mon sang n'avait fait qu'un tour.

 Elle ne s'était certainement pas attendue à ma réaction, comme par hasard le soir même je rencontre ma voisine, l'avocate comme nous l'appelions, après une longue discussion, j'acceptais un peu à contre cœur ses conseils et la proposition de faire un désaveu de paternité, je ne savais pas que cela pouvait être encore possible Ghislaine ayant à ce moment-là dix-sept ans.

 

Notre voisine l'avocate Martine Sten... souhaitait cinq témoignages, d'amis proches et de la famille, j'avais eue Alain, ma tante Raymonde qui savait que Ghislaine n'était pas ma fille, Joseph son mari avait été un peu retissant, mais suivi quand même ma tante et enfin Suzanne et Dédé qui n'étaient pas encore mariés, j'avais donc eu les cinq témoignages.

 Ma tante Raymonde m'avait soutenu que passé 14 ans, c'était impossible. Heureusement, nous en avions parlé à notre voisine avocate, elle nous avait confirmé qu'il n'y avait aucun délai pour désavouer une paternité 

 -Très dur pour Ghislaine.

 Après avoir été mise à la porte, « non plutôt à la rue » de chez sa mère, après que celle-ci appris que sa fille était enceinte, elle l'avait mise carrément dehors. Heureusement, les parents de son petit ami avaient acceptés de l'accueillir chez eux, mais encore à cause de Denise et cette demande

«Je reçus d'un tribunal une révision de la pension alors qu'il était bien spécifié que cette pension ne devrait pas être révisée sur le coût de la vie ».

 Bon elle avait repris le nom de sa mère avec une grande déception, mais sachant qu'une fois mariée elle porterait le nom de son mari, également ses enfants. Ils décidèrent tous les  deux, avec la bénédiction des parents du garçon de ce marié, en petit comité. Nous n'étions pas au courant, quand nous avions lancé cette procédure de désaveux de paternité.

 Je l'avais revue aux obsèques de Didier, son demi-frère. Mon fils, c'est évident qu'elle m'en voulait énormément déjà au mariage de Didier avec la mère de ma petite fille Mélanie.

De toute façon c'est à sa mère qu'elle devait en vouloir, enfin je pensais.

 Pour conclure, merci ô toi au fond des ténèbres, pour cette lettre sur papier bleu avec un grand nombre de fautes d'orthographe et pas les moindres petits vermisseaux de gentillesse, c'est à ce moment que j'ai compris que tu n’étais mon père que comme géniteur.

 J'avais rencontré une voyante extralucide, très connue pour des révélations avérées, elle m'avait dit que ma femme allait perdre un parent cher de mort violente, son oncle Lucien a été tué dans un accident de chasse.

 Pour conclure elle m'a dit que mon géniteur n'était pas celui que l'on pourrait croire, elle voyait des choses qu'elle refusa de me dire, je voulus un autre jour la consulter, j'avais eu la tristesse d'apprendre son D C.

 J'avais une nuit rêvé que ma mère c'était fait violé par un G I, US ou un anglais, mon rêve n'était pas trop précis, bon ce n'était qu'une période là encore de haine, mon père était bien mon père, mais moi je devais certainement être un con d'ado et très dur à gérer qui avec le temps devient encore plus con, mea culpa...

Le cahier de ma mémoire

Cette vie qui est la mienne

 

15-Patricia enfin

 

Pour commencer je vais vous la décrire brièvement.

Ses origines « maternelles » Sa grand-mère « maternelle » Christiane

Une mère issue d’un milieu peu fortuné, dont les parents venaient de l’assistance publique.

Ce n’est pas facile à écrire, mais à l’époque, les enfants étaient placés dans des familles pour servir de main-d’œuvre bon marché : exploités, fouettés, maltraités, parfois violés            « droit de cuissage », nourris à peine comme des animaux.

Les rejetons sans famille ont beaucoup souffert.

L’Ancien Régime et le XIXe siècle nous ont transmis l’image d’enfants rejetés, promis à un destin terrible.

Cette vision n’est pas fausse, mais certains refusaient de subir : injures, calomnies, malveillances, autant de résistances face à l’humiliation.

Cela forgeait des caractères en béton, et je peux vous dire qu’elle en avait.

Son grand-père « maternelle » Lucien.

Son enfance était plus floue, mais il avait sans doute subi le même traitement que sa femme avant qu’ils ne se rencontrent.

Ils eurent presque six enfants : deux filles et deux fois des jumeaux « dont un est décédé peu après sa naissance ».

Ses origines « paternelles »Sa grand-mère « paternelle » Marie

Les Bretons étant assez secrets, je n’ai que peu d’informations.

Son grand-père « paternel » Guillaume, travaillait à la SNCF et fit entrer beaucoup de membres de sa famille à Paris. Il était très respecté. De cette union naquirent Jean-Marie           « mon beau-père» et, dix ans plus tard, Michel.

Guillaume est décédé dans sa quarantième année.

La rencontre de ses parents

Son père Jean-Marie faisait son service militaire près de Chartres. C’est dans le petit village de Morançez quil rencontra Ginette, alors âgée de 16-17 ans.

Elle était déjà très belle et convoitée, mais sa mère et ses frères veillaient sur elle.

Ginette tomba enceinte à 17 ans. Ils se marièrent et Patricia naquit le 9 mai 1954. Ils s’installèrent à Bobigny, près de la mère de Jean-Marie. Ginette devint secrétaire de direction, Jean-Marie passa un examen et devint chauffeur de taxi. Patricia, souvent gardée par sa grand-mère Marie, adorait cette dernière.

Mais entre Ginette et Marie, il y avait des tensions.

Ginette arrêta de travailler pour s’occuper de Patricia et gérer la comptabilité de son mari.

Très bonne gestionnaire, elle avait obtenu un diplôme de secrétaire comptable chez Pigier. Le couple acheta un pavillon plus grand, puis un autre en Bretagne qu’ils firent construire, et plus tard un petit appartement F2.

Patricia grandissait dans une famille sans histoire.

À l’école, elle s’en sortait correctement, obtint son certificat d’études, puis intégra une école professionnelle de secrétariat. Elle décrocha son brevet et une place comme employée dans une caisse en 1973. La première fois que je l’ai vue, Patricia avait 19 ans.

Coup de foudre à la station Villiers. J’aperçois cette jolie jeune fille et me dis : « Non, elle nest pas pour toi. Trop belle, trop classe. » À ce moment, j’étais en plein divorce qui n’en finissait pas avec Denise, et mon histoire avec Evelyne touchait à sa fin. Nous étions en septembre 1974, j’avais bientôt 29 ans, et je devais reprendre ma vie en main.

Mes mensonges.

Je n’aurais jamais parié sur un avenir avec elle. Alors, chaque fois qu’elle me parlait de ses parents, de leur pavillon et de leur maison en Bretagne, je me sentais à des années-lumière.

J’ai commencé à inventer que j’étais commercial à l’international, que je voyageais beaucoup.

Je m’étais enfermé dans mes propres mensonges.

En 1975, ma séparation avec Evelyne devint définitive. J’ai loué une petite chambre de bonne rue Legendre, près de mon travail « 17 rue de Tocqueville, Paris 17e ». Mon divorce avec Denise fut enfin prononcé, mais il fallait encore payer l’avocat pour obtenir la grosse « lacte officiel ».

La vérité et ses parents

 

Au bout de huit mois, je me suis confessé. Elle m’en a voulu, mais elle était amoureuse. Le plus dur fut quand elle dut parler de moi à ses parents : neuf ans plus vieux qu’elle, fraîchement divorcé, je n’étais pas le parti idéal. Peu à peu, elle me présenta à sa famille la plus ouverte. Nous passions nos soirées dans ma petite chambre de bonne de 15 m², à l’étroit mais heureux.

L’événement qui a tout changé

 

Malgré nos précautions, Patricia tomba enceinte en avril 1976. Ses parents furent déçus mais prirent la décision rapidement : le mariage.

J’ai payé les derniers frais d’avocat, obtenu les certificats nécessaires, passé la visite médicale obligatoire, et nous avons publié les bans. La date du mariage fut fixée au 5 juin 1976. Peu dinvités : ses parents seulement, qui nous aidèrent à nous installer.

Le mariage

 

À 15 jours du mariage, Patricia fit une allergie avec des rougeurs et pustules. Le jour J, sa mère maquilla les boutons. Patricia avait choisi une saharienne, j’avais un petit costume. Elle a eu quelques larmes justes avant de dire « oui », mais tout sest bien passé. Pas de grande fête : photo souvenir, un repas à Meaux, puis chacun chez soi.

Le drame

Quelques jours plus tard, en pleine nuit, Patricia fut prise de violentes douleurs au ventre et d’une hémorragie. Le médecin la fit hospitaliser en urgence : notre bébé était mort dans son ventre. Elle aurait pu mourir d’une septicémie.

Des mauvaises langues dirent qu’elle avait provoqué un avortement, mais l’obstétricien confirma l’origine de l’infection et nous assura que nous pourrions avoir d’autres enfants.

Notre petit passage en suisse 

Première vacances, presque un voyage de noce, en suisse à Vevey.

Août 1976 : une canicule sévissait en France.

Nous, nous étions à Métabief, dans le Doubs, où il pleuvait presque tous les jours. Cela ne nous a pas empêchés de profiter, de visiter Besançon, puis Nancray où j’avais passé 4 mois chez Monsieur et Madame Beau « mon ancienne famille d’accueil ».

Nous, nous étions à Métabief, dans le Doubs

Ces vacances, loin de tout, furent magnifiques. Allongés sur le lit, à regarder la pluie tomber, je sentais que nous étions heureux malgré nos blessures. La bonne nouvelle.

En septembre 1976, Patricia tomba de nouveau enceinte.

Le 11 mai 1977, notre fille Stéphanie vint au monde.

En résumé

Entre blessures et rencontres.

 Avant ma femme Patricia de 1974 à 2026

Je quittai l’armée en février 1966. À mon retour, j’étais livré à moi-même. 

Mes parents et moi étions fâchés depuis longtemps; honnêtement, je sentais peu d’amour de leur part.

 

Pendant quelques semaines, je me réfugiai chez un pseudo-oncle à Saint-Maur-des-Fossés, mais ce n’était qu’un abri temporaire. Il me fallait rapidement reprendre ma vie en main : reprendre mon travail, trouver un logement. Ce fut dans un hôtel à Asnières. Je devais tout faire pour tenter de me reconstruire seul.

C’est dans ce contexte fragile que je repris mon emploi chez Industria. J’avais appris mon métier de gélatineur « impression sur matière gélatineuse » avant de partir à l’armée.

Mon patron, Monsieur Baudard, un homme juste et bon, m’accueillit comme employé qualifié cette fois, mais je n’eus aucune augmentation. C’était dur, mais il fallait continuer à avancer.

Peu après, ma vie prit un tournant inattendu : en 1966, je rencontrai Denise au Chalet du Lac, un dancing près du Bois de Vincennes.

À cette époque, je cherchais encore un repère, quelqu’un pour me tenir la main dans cette vie un peu chaotique.

Denise devint cette bouée de sauvetage, en quelque sorte.

Au début, nous nous entendions plutôt bien, mais rapidement les disputes s’installèrent. Nous avions des caractères différents, des habitudes inconciliables. Et puis elle était fille-mère.

Elle avait eu sa fille suite à un viol, pendant son transit de La Réunion à Madagascar, dans un hôtel mal famé, peu cher, reconnu par des marins et des commerçants qui, pour la plupart, étaient dans l’attente d’une correspondance vers le continent « la France ». Son violeur était un marchand de tapis, m’avait-elle raconté.

Arrivée chez sa mère à Malakoff, en 1963 elle mit au monde Ghislaine.      

Elle trouva dans un premier temps un travail de serveuse, puis plus tard chez Thomson-CSF comme employée dans le service reprographie.           Cela nous avait un peu rapprochés d’être dans la même branche de travail, enfin bon.

Elle aussi avait souhaité avoir son indépendance ; elle avait alors trouvé refuge dans une maison pour mères célibataires : la maison de la mère et de l’enfant.

Nous avons eu un fils, Didier, pour sauver les apparences.

Mais la naissance de Didier ne comblait pas le vide entre nous.                  Nous nous accrochions à l’idée d’une famille parfaite, mais le cœur n’y était plus.

Les tensions grandissaient, et notre mariage se transforma peu à peu en combat silencieux, voire même violent. Après des années de disputes, d’accrochages, de reproches et d’incompréhensions, nous décidâmes de nous séparer. « Plutôt soyons honnête  j’ai pris le plus d’affaires perso et je me suis tiré de cet enfer ».

Le divorce dura cinq longues années, mais nous essayâmes de rester cordiaux pour Didier.

Parallèlement, ma vie sentimentale se compliquait encore.

En 1969, je rencontrai Evelyne, une petite beauté aperçue à la station Villiers dans le métro. Tout de suite, il y eut du plaisir, de l’attirance… mais pas vraiment d’amour.

Elle aussi était fille-mère, avec une situation stable et elle m’aida pour certaines affaires liées à mon divorce.

Son fils, je ne le supportais pas. Le plus dur pour moi, c’était que je n’avais aucun droit sur lui. À cinq ans, c’était une vraie petite peste. 

« Stop, pas touche », m’avaient dit clairement ses grands-parents.       Evelyne me comprenait, mais ne lui disait rien ; cela a brisé notre couple. Mais pas seulement : il y eut aussi un couple d’échangistes, puis des rencontres hasardeuses — non, pas pour moi.

Alors, au travail, je ressentis le besoin de changer d’air.

Lassé d’Industria, où aucune augmentation ne venait récompenser mon expérience et mon évolution professionnelle, je partis chez Dorel, les inventeurs des procédés Dorel. J’y fus embauché comme chef de table, un poste plus valorisant et mieux rémunéré.

 

 

Cette période fut un mélange étrange de plaisir, de fatigue et de décisions importantes : Evelyne d’un côté, le travail de l’autre, le sexe, alors que moi je pensais avant tout à la reconstruction de ma vie.

Avec Evelyne, la passion fut intense mais difficile à vivre. Comme je l’ai écrit, elle aimait le sexe, moi beaucoup moins ; j’avais parfois des maux de dos, je faisais lumbago sur lumbago. Et puis un jour, je l’ai surprise avec son chef de service. Ce fut la fin. Nous nous séparâmes d’un commun accord, mais en amis.

Puis vint septembre 1974, le moment qui allait tout changer.               

J’ai rencontré Patricia, l’amour de ma vie. Ce fut un véritable coup de foudre, un mélange d’émotion et d’espoir, une chose que je n’avais jamais connue. J’avais dû me dire que c’était enfin la bonne.

À trente et un ans, enfin, j’avais droit au bonheur.

Comme je ne voulais pas la perdre, je lui avais fait croire un tas de mensonges pour lui faire croire que j’étais un mec bien sous tous rapports. Jusqu’au jour où il a fallu faire tomber le masque, au risque de la perdre. Alors, en douceur, j’ai fini par lui avouer qui j’étais, ma vie avant de la rencontrer : mariage, divorce, travail en atelier, petit salaire, etc.

Je pleurais en lui avouant : « Je suis très amoureux de toi. Moi, je suis un pauvre type, juste un petit ouvrier qualifié, mais je te jure que je vais me battre pour que tu sois fière de moi. » Aujourd’hui, en 2026, je peux dire que j’ai tenu mes promesses.

Je ne sais plus vraiment pourquoi elle avait pardonné mes mensonges, mais après ça, j’ai vécu une sorte d’idylle avec elle.

Elle m’avait présenté à ses parents. Au début, ça a été assez froid ; la pilule fut dure à avaler. Fille unique, je n’étais pas du tout le genre de mec qu’ils souhaitaient pour elle. Elle les a mis devant le fait accompli.

Nous nous sommes fréquentés de 1975 au 5 juin 1976, date de notre mariage à la mairie de Bondy, avec juste ses parents comme témoins. Nous nous aimions vraiment, tellement que Patricia est tombée enceinte.

Nous nous sommes donc mariés le 5 juin 1976. À cette époque, Patricia attendait un bébé, mais tragiquement, elle l’a perdu peu après notre mariage. Cette épreuve, bien que douloureuse, renforça nos liens.

Un peu avant le mariage, les parents de Patricia nous avaient loués leur beau petit F2 à Bondy, tout aménagés pour nous dépanner. Comme ma belle-mère recevait directement sur son compte la paie de Patricia, elle prélevait le loyer et lui donnait le reste au compte-gouttes.                         

 Ce fut certainement le début d’un long parcours pour que Patricia puisse enfin reprendre elle-même la gestion de ses revenus.

Avec l’arrivée de Stéphanie, le 11 mai 1977, il y avait des mois où, selon les désirs de madame mère, qui tardait à donner le chèque des revenus de sa fille, nous devions jongler avec ma seule paye.

 J’en étais arrivé à soupçonner sa mère de faire fructifier les revenus de sa fille avant de lui verser une partie de ceux-ci.

 Une réunion de famille houleuse eut lieu entre Patricia, moi et ses parents. Patricia devait récupérer son compte, cela devenait urgent, car nous avions le projet de nous lancer dans une location-vente à Bobigny, dans un immeuble récent. Nous devions avoir le budget pour notre projet.

Ouf, enfin : avant même que nous ayons ouvert un compte bancaire, Patricia réussit à convaincre ses parents de récupérer son argent. Boutade de maman :

« Oh, ça sera juste, mais vous vous en sortirez. »

Et oui, nous nous en sommes bien sortis.

Moi, j’avais deux boulots : l’imprimerie la journée, le soir la Préservatrice foncière « encaissement et assurance-vie » pour combler le manque à gagner d’une pension de cent francs pour Ghislaine et Didier.

 Stéphanie était gardée par la grand-mère, qui ne travaillait plus. Nous la déposions le matin avant de partir au travail et la reprenions le soir.           

 Là, nous devions supporter les radotages de la grand-mère sur les prix, les économies qu’elle faisait en achetant son paquet de nouilles ou tout autre produit. Râle-bol. J’avais fini par laisser Patricia récupérer notre fille seule.

Vingt-deux ans, nous sommes restés à Bobigny, où nous étions devenus propriétaires de notre appartement. Stéphanie avait bien grandi ; elle avait rencontré celui qui est devenu son mari.

 Après Bobigny, nous avons acheté un petit pavillon à Drancy.       

Miracle : mes beaux-parents nous avaient aidés. Nous devions reprendre le crédit qui restait de Bobigny pour pouvoir acheter à Drancy.

« Enfin surtout leur fille, pas le vilain petit canard ».

La banque était sur le point d’accepter, quand les parents de Patricia lui ont fait un joli cadeau : ils ont remboursé notre crédit.

Avec la vente de Bobigny en 1999-2000, nous avons enfin pu acquérir notre premier pavillon à Drancy.

Nous y sommes restés dix ans. Nous y avons laissé de bons souvenirs, mais aussi un très mauvais : en décembre 2008, drôle de date, la découverte du cancer des ovaires de Patricia.

 Elle a été opérée le 31 du même mois : la totale, une véritable autopsie, ouverte des seins au pubis. Quelle balafre. C’est sûr qu’avec la chimio, ça lui a sauvé la vie; avec les années, on peut enfin le dire.

Stéphanie était devenue esthéticienne, Boris, son compagnon, professeur d’électrotechnique agrégé. Notre fille avait trouvé un poste à : Vaires-sur-Marne. Nous nous sommes rapprochés d’eux en vendant Drancy pour un pavillon à Chelles-Chanteraine, en 2010

 La vie allait à une vitesse fulgurante.

Deux petits-enfants sont nés : Mila, puis plus tard Deyan.

Le feu… « Au secours, une chambre a brûlé ! » Dans notre pavillon de Chelles, avec l’aide de l’expert de l’assurance, il a été rénové.               

De suite après, nous l’avons vendu, après n’y avoir vécu que trois ans. Pourquoi trois ans ? Le temps de la réparation, nous avons vécu un an dans un F2 à Vaires ; quand nous nous sommes séparés de Chelles, nous en étions propriétaires depuis quatre ans au total.

En 2014, en nous promenant dans le bois de Vaires, nous avons eu comme un coup de foudre pour ces petits immeubles du bois de Vaires.

Nous avons donc acheté un bel appartement, que nous avons rénové avec l’aide de notre ami, propriétaire de notre ancien F2, rue de Chelles.

Nous y vivons depuis cette date, aujourd’hui en 2026.   

Les petits-enfants ont grandi : Mila a eu son bac. Deyan m’attriste ; il me rappelle mon fils Didier, décédé en 2018 après un divorce, une vie de bohème et un cancer foudroyant.

Grosse tristesse.

Mais je n’oublie pas ma fille Stéphanie, qui se bat elle aussi contre cette saloperie, et je remercie du fond du cœur mon gendre Boris : sans lui, ma puce ne serait sûrement plus là. Sauvée d’un cancer du sein et d’une tumeur au cerveau, elle est aujourd’hui suivie sérieusement pour deux méchantes métastases au foie.

Boris avait depuis longtemps le projet de partir dans le Sud, et voilà que fin 2025, ils ont vendu leur appartement de Vaires pour s’installer dans la proche banlieue de Montpellier, bien sûr après avoir obtenu un poste à Sète, la ville de Georges           Brassens.

Nous sommes le 13 Aout 2026. Je ferme la parenthèse, mais la vie continue. J’ai eu quatre-vingts ans le 20 septembre 2025.

J’espère pouvoir en écrire la suite encore longtemps.

Le cahier de ma mémoire

Cette vie qui est la mienne

 

16 – Arrivée de Stéphanie DC de Charline

 

Arrivée de Stéphanie, notre fille – 11 Mai 1977

Photo de Stéphanie bébé dans les bras de sa maman



 Avec ma tante Raymonde et son mari Joseph. Avec son arrière-grand-mère

Départ chez les parents de Patricia pour cette première visite


En Bretagne chez les grands-parents 

Avec nos amis et leur première fille Charline – Alain et Karine « et Rita »

Un dernier hommage à Charline Hier, le 27 avril 2022, nous avons fait un dernier adieu à notre amie Charline, DCD le 19 avril 2022, après cinq années de bataille contre le cancer.

 

Moi, je ressens une peine énorme, mais aussi une grande culpabilité à cause de mon caractère de con.

Oui c’est certain, je dois bien l’avouer, j’aime bien avoir des ami/es malheureusement, j’ai l’impression après quelques temps je m’en lasse et fini par me fâcher avec.

 

Bien sûr après je le regrette mais c’est  trop tard le mal est fait, ça vient certainement de ma jeunesse et de la solitude que j’avais vécu « relisez-moi et analysez-moi, alors vous  trouverez la raison de ce mal vivre avec les gens ».

Un truc idiot, « j’aurais bien aimé rester amis avec mais voilà ».

Il y a quelques années, j’aurais aimé qu’ils viennent chez nous.

Ils ont préféré le contraire, alors je me suis vexé bêtement.

Je le reconnais aujourd’hui.

Pourtant, nous aurions aimé passer quelques moments avec toi Charline avant que tu disparaisses.

 

Quand j’avais appris pour ton cancer, je n’avais pas cru que tu ne t’en sortirais pas. Heureusement, Patricia est toujours restée en contact avec toi, mais tu ne t’es jamais plainte de ta maladie, jusqu’au dernier jour.

 

Patricia t’avait appelée… Quand ton téléphone a sonné, tu as dit à Alain, ton mari : « Patricia. Ce fut un mot, ton dernier sans doute ».

 

Pardon Charline pour ne pas avoir été avec toi dans un moment pareil… comme tu l’avais été pour Patricia quand elle-même avait eu un cancer.



La mélodie du bonheur. La belle-maman


Stéphanie et la sœur à Boris


Le Papy, Deyan et Mila


 

Mila vient d'avoir 19 ans en 2026 à décrocher, son bac avec mention

 


 

Deyan « m'inquiète le devrai-je « non » à 17 ans aujourd'hui 2026.

 



Ils se sont mariés le 9 août 2018.





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