36-Né probablement après cette horreur.
En résumé
C’est ma vie, pas la vôtre.
Moi, je suis dyslexique. J’essaie de faire le moins de fautes possible,
mais c’est très dur.
Aujourd’hui, l’homme a créé l’intelligence artificielle. Pourquoi ? Avec les USA, c’est sans doute pour le profit, pas pour aider les « tocards » comme moi.
Je suis né en 1945, après que ma mère « ait peut-être été violée par un G.I ». En me lisant, vous comprendrez pourquoi je doute encore aujourd’hui.
Ma vie a commencé dans la douleur, et depuis, j’ai toujours dû me battre
pour exister, pour que ma voix compte, même un tout petit peu.
Ce blog n’est pas une leçon, ni un plaidoyer. C’est simplement mon
histoire, racontée telle que je l’ai vécue.
Né probablement après cette horreur.
Ça bouillonnait brutalement dans le corps de l’homme qui possédait cette jeune
femme avec violence — une mère de deux enfants.
Nous étions en janvier 1945. La guerre était encore là, visible partout.
Paris, par chance, avait été relativement épargné, mais les traces restaient
dans les rues, dans les regards, dans les silences.
Suzanne était allée porter le déjeuner à son mari, Gibert. Il l’avait
oublié en partant tôt le matin de chez Henriette, où ils vivaient
provisoirement, dans l’attente d’un logement HLM, chemin de la Montagne, à
Bry-sur-Marne. « Henriette était la mère de Suzanne ».
Il faisait froid. Un froid humide, lourd, qui collait aux vêtements et aux
pensées. Suzanne marchait vite, la tête baissée, pressée de rentrer après avoir
déposé le petit casse-croûte de son mari, qui travaillait là comme sellier, rue
du Faubourg-Saint-Antoine, dans un petit atelier où les fauteuils de cinéma et
de théâtre étaient rénovés. Suzanne se dépêcha très vite de rentrer après cela,
sans se douter que cette journée allait laisser une trace indélébile.
Le soldat approcha, son uniforme impeccable tranchant avec la désolation
alentour. Suzanne sentit son cœur battre à toute vitesse. La peur lui nouait la
gorge : elle, la petite campagnarde, ne savait pas comment échapper à ce danger
qui surgissait de nulle part. Elle était paralysée, incapable de résister à
cette force qui semblait vouloir tout contrôler autour d’elle. Son esprit
criait « non », mais son corps ne lui obéissait plus. L’horreur de la situation
l’envahit, un mélange de surprise, de terreur et d’impuissance. Elle se demanda
comment elle pourrait survivre à ce moment. Elle se débattait de toutes ses
forces, mais l’homme était trop puissant. La peur la submergea et elle perdit
connaissance.
Quand elle reprit ses esprits, il avait disparu, mais elle avait mal au
ventre et au sexe ; un liquide épais coulait de son pubis encore dégagé, à
l’air libre. Suzanne, encore tremblante, rabaissa sa jupe. Pour sûr, le violeur
avait eu juste le temps de faire sa petite affaire avec la jeune personne.
— Quelle horreur ! dirent alors des passants, alertés par le vacarme ;Ils étaient arrivés trop tard. La rue était isolée, un raccourci qu’elle
prenait pourtant souvent.
Tout autour, la terreur et l’incompréhension s’entrechoquaient dans son esprit : ce moment resterait gravé dans sa mémoire, un traumatisme qu’elle ne pourrait jamais effacer.
Il fallait rester fière et vite oublier ce moment. La jeune femme se leva,
aidée par un vieux monsieur et une autre jeune femme — sûrement sa fille.
Arrivée à Bry-sur-Marne par le train, chez sa maman, qui devait être dans
le jardin avec sa sœur Raymonde, elle se précipita sous la douche et se nettoya
en insistant sur ses parties génitales. La honte montait en elle ; elle se dit
:
«
Je dois rester forte et vite oublier. »
Dans le même temps, une autre lutte se produisait dans les entrailles de la
petite jeune femme : une course pour arriver le premier dans l’ovulation. La
bataille fut rude ; un seul spermatozoïde devait percer l’œuf pour le féconder.
« La pauvre : juste une goutte de liquide séminal suffit pour qu’une vie se
développe. »
« Cette femme touchée par l’agression sexuelle ne vivra pas nécessairement
sa grossesse, l’accouchement et la parentalité de la même façon. Certaines
d’entre elles s’adaptent très bien et ne connaîtront pas plus de détresse que
les autres. » Cependant, chez certaines femmes qui continuent à subir les
répercussions de l’agression sexuelle, le risque d’éprouver des difficultés est
grand.
Suzanne n’a rien dit en revenant chez sa mère, rien dit à sa sœur Raymonde,
sa sœur Lucienne, qui était trop jeune pour comprendre, son frère Jean, alors
lui bof ! Enfin bon, « alors moi je suis resté sage dans ce ventre meurtri »,
et puis je n’y étais pour rien, mais pourtant j’allais le payer longtemps, ce
viol de janvier 1945.
Après six mois, ma génitrice commençait à s’apercevoir que des changements
dans son corps arrivaient, ce qui la perturbait : « que m’arrive-t-il ? ».
Occulté, oublié, le viol. Comme elle avait eu un rapport sexuel peu de
temps après son agression, elle se dit : bah voilà, quatorze mois après René,
je me retrouve encore enceinte.
Le soir, quand Gilbert rentra du travail, elle lui dit :
« Je crois que je suis encore enceinte. »
— Mais depuis quand ?
« Je ne sais pas, peut-être six mois. Regarde mon ventre. Je me sentais bien
grossir, mais pas d’une grossesse. »
Les pleurs de la femme ne calmèrent ni la surprise, ni la colère du mari.
Alors elle lui dit pardon, pardon, « en grommelant un langage presque inaudible
». Gilbert a juste retenu :
« Viol ».— Quoi ? Tu dis quoi ? Vi… ol ? Tu as été violée ? Mais quand J’avais tellement honte que j’ai voulu oublier. Je te jure, je me suis
débattue, mais il était fort et me serrait tellement puissamment le cou que je
me suis évanouie. À mon réveil, il était parti. Comme j’avais un liquide gluant
sur mon sexe, je ne pouvais pas croire tomber enceinte. »
Gilbert dit haut et très fort :
« Je ne veux pas de ce truc dans ton
ventre. »
Et pourtant, il dut accepter, à contrecœur, la venue de cet enfant
innocent.
Tandis que moi… Du ventre au cocon, je fus aidé à vivre cette transition en douceur.
Pendant neuf mois, dans un univers chaud, enveloppant, rassurant. Un petit
monde à moi, où les bruits étaient feutrés, les lumières tamisées et les
mouvements contenus.
Mais vient la naissance.
Un moment bouleversant, aussi magique que déstabilisant : le passage du ventre
de maman à un monde vaste, bruyant, lumineux, et parfois un peu trop stimulant.
Pauvre de moi, la vie que
j’ai eue avec mes parents, jusqu’à ma libération et mon départ au service
militaire, était plus dure que dans mon cocon bien au chaud.
Voici la suite de ma vie
après ma naissance
Enfant rejeté, transbahuté
1947 – Naissance de Raymond
Début d’une enfance
transbahutée, tantôt à droite, tantôt à gauche, au gré des nombreuses
grossesses de notre mère.
1949 – À 4 ans
J’ai peu de souvenirs de cet âge. L’école, la récréation… Ma petite boîte avait la forme d’un coffret avec un couvercle arrondi.
À l’intérieur, ma mère mettait un
petit casse-croûte pour le midi. Chaque enfant mangeait dans la cour ou le pré
haut, car il n’y avait pas de cantine dans les années 50. L’école se trouvait
rue des Cinq Diamants, dans le quartier de la Butte-aux-Cailles à Paris.
Dans les années 50, Alain, René, moi et Raymond étions placés chez notre grand-mère à Brie-sur-Marne. Nous étions gardés par la sœur de notre mère, Raymonde, ou par notre oncle Jean, le frère de notre mère, qui était très dur avec nous. Pour nous punir, il nous faisait mettre à genoux sur un manche de pioche, les mains sur la tête, un temps qui nous paraissait infini. Il était diabolique : c’est toujours lui qui tuait les poules et les lapins pour les vendre ou les manger.
C’était en général notre
tante Lulu qui nous accompagnait et nous ramenait de l’école. Pour y aller,
nous traversions de petits chemins en pleine campagne, un parcours interminable
de deux kilomètres, souvent dans le froid matinal.
À cause du peu d’écart
d’âge qu’elle avait avec nous, nous considérions Lucienne plus comme une sœur,
une copine, que comme notre tante.
Avec son frère Eugène,
ils étaient les deux derniers enfants de notre grand-mère, qu’elle avait eus
avec son deuxième mari, Dijon, son troisième compagnon.
Le premier mari de notre grand-mère avait été Mathieu, un postier.
De ce mariage était né André. Le deuxième, Jacob Luppu, d’origine roumaine
(Louis en français), était le frère de celui qui avait révolutionné les sanitaires
Jacob-Delafon.
Historique de Jacob-Delafon (1889)
L’entreprise
Jacob-Delafon est fondée en 1889 par Emile Jacob (1850-1919) et le négociant
parisien Maurice Delafon (1856-1933). Ils prévoient le développement de
l’hygiène et de l’hydrothérapie et fondent une usine à Pouilly-sur-Saône (21)
pour fabriquer des sanitaires en grès émaillé. Le développement constant de
l’entreprise les amène à acquérir une usine à Belvoye (Dole-Jura – 39),
spécialisée dans la production d’un nouveau produit, le « granit-porcelaine »,
qui lui vaut rapidement une notoriété mondiale.
Avec Jacob, notre
grand-mère avait eu cinq enfants : George (1922), Suzanne (1923 – notre mère),
Raymonde (1924), et deux autres morts peu de temps après leur naissance, dont
Lucien. Notre grand-père avait quitté le domicile conjugal et avait été déchu
de ses droits de paternité par le tribunal de Corbeil (94).
Après le marché, notre
grand-mère fabriquait des bouquets de fleurs artificielles avec un soin
méticuleux, en plus de garder des enfants de l’Assistance publique. Elle était
très courageuse, et il fallait bien nourrir cette grande famille.
Petite anecdote
Un jour d’été très chaud
et humide, nous avions joué toute l’après-midi dans le pré en pente près de la
maison de notre grand-mère. Je fus poursuivi par un insecte énorme,
probablement une grosse guêpe ou un bourdon. Le soir, le ciel se noircit, de
grosses gouttes de pluie tombèrent, puis des éclairs et de la grêle. Tout le
monde rentra très vite. J’étais assis à côté de mon frère Raymond quand une
grosse boule de feu passa et nous frôla. Nous étions vraiment choqués. Nos
tantes Lulu et
1948 – Arrivée de Jacques
Jacques naît, terminant
la première série de nos frères. Voilà la raison de notre ballottage d’un foyer
à l’autre. Encore un frère, et nous étions six.
Souvenir marquer par le sang
Le grand Jean‑Claude,
Alain, René et moi, Lucien.
Jean‑Claude n’avait jamais vraiment été accepté par notre mère. Il fut donc
décidé que notre grand‑mère paternelle le garderait et s’occuperait de son
éducation.
Notre grand‑mère, Marie‑Louise,
était gardienne. Sa loge était toute petite. Elle avait une minuscule cuisine
rudimentaire située dans la descente de la cave de la copropriété. L’immeuble
se trouvait dans un quartier chic du seizième arrondissement de Paris, rue
Copernic, juste en face de l’Union libérale israélite de France.
Comme elle n’avait pas de
place dans son logement de fonction, un propriétaire lui proposa, pour Jean‑Claude,
une chambre de bonne au sixième étage, en échange de quelques services
d’entretien de l’immeuble que devrait effectuer notre frère.
Rue Copernic – Immeuble haussmannien.
Arrivée de Chantal en 1952
Mais alors que notre mère
était au début de sa grossesse, notre frère Jacques avait failli tomber par la
fenêtre du quatrième étage. Notre mère aurait subi un terrible choc qui aurait
provoqué une malformation du fœtus.
Quand notre sœur Chantal
est née, elle avait de graves problèmes de santé et dut subir plusieurs
opérations, la plus grave étant une opération à cœur ouvert. Elle fut la plus
jeune opérée du cœur. Au début des années cinquante, elle souffrait de la
maladie bleue.
À cette époque, notre
père avait repris des études et monté les échelons en réussissant ses concours.
Il travaillait dans un hôpital privé, Marie‑Lanelongue, situé rue Blanche à
Paris (treizième). De garçon de salle, notre père était devenu manipulateur en
radiologie.
Notre sœur a bénéficié
des meilleurs soins, avec certainement de grands spécialistes, mais ils ne
purent que lui permettre de vivre jusqu’à ses neuf ans.
Dès sa naissance, les
médecins avaient annoncé qu’elle ne vivrait pas plus de trois ou quatre ans. Un
peu de rallonge… mais à quoi bon cet acharnement ? Notre sœur a vécu un
véritable martyre.
Les parents avaient
essayé de la mettre à l’école, mais les autres enfants se moquaient d’elle.
Elle devait être protégée en permanence. Aucun choc ne lui était permis. Elle
était très surveillée par les médecins. Ses maux de tête la faisaient
terriblement souffrir.
Après examens, ils
découvrirent une grosse tumeur au cerveau. Elle dut subir l’opération de la
dernière chance. Malheureusement, elle n’a pas survécu à l’intervention. Elle
est décédée à l’hôpital de la Pitié.
Je n’avais jamais vu
notre père pleurer. La mort de notre sœur fut quelque chose de terrible pour
lui, même si, pour elle, ce fut enfin la délivrance.
Jacques, encore lui
Ah, la coupe ! Mignon à six ans.
Jacques se mit à hurler
des cris stridents. Ma mère, ulcérée par ses cris, ne chercha pas à
comprendre — comme toujours d’ailleurs. Elle m’arracha violemment le sac des
mains et me le fracassa sur la tête. Il y avait des bouteilles fragiles à
l’intérieur.
Je glissai lentement
contre le mur.
Ma tête me faisait très
mal. Je vois encore aujourd’hui le sang, mon sang, dégoulinant sur le mur
blanc. Emmené à l’hôpital, j’ai dû dire que je m’étais cogné en jouant…
sinon ! Pour la suite voir mes index et à chaque fin de page
comme ci-dessous à droite.
Pour lire la suite c’est ici !








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