mercredi 6 novembre 2024

31-Le 5 Juin 2026 Nous fêterons nos cinquante ans de mariage

 31-Le 5 Juin 2026.

 Nous fêterons nos cinquante ans de mariage 


C'était le cinq juin 1976 

 

Entre blessures et rencontres.

 Avant ma femme Patricia de 1966 à 2026

 

Je quittai l’armée en février 1966. À mon retour, j’étais livré à moi-même. Mes parents et moi étions fâchés depuis longtemps ; honnêtement, je sentais peu d’amour de leur part.

Pendant quelques semaines, je me réfugiai chez un pseudo-oncle à Saint-Maur-des-Fossés, mais ce n’était qu’un abri temporaire. Il me fallait rapidement reprendre ma vie en main : reprendre mon travail, trouver un logement. Ce fut dans un hôtel à Asnières. Je devais tout faire pour tenter de me reconstruire seul.

C’est dans ce contexte fragile que je repris mon emploi chez Industria. J’avais appris mon métier de gélatineur (impression sur matière gélatineuse) avant de partir à l’armée. Mon patron, Monsieur Baudard, un homme juste et bon, m’accueillit comme employé qualifié cette fois, mais je n’eus aucune augmentation. C’était dur, mais il fallait continuer à avancer.

Peu après, ma vie prit un tournant inattendu : en 1966, je rencontrai Denise au Chalet du Lac, un dancing près du Bois de Vincennes. À cette époque, je cherchais encore un repère, quelqu’un pour me tenir la main dans cette vie un peu chaotique. Denise devint cette bouée de sauvetage, en quelque sorte.

Au début, nous nous entendions plutôt bien, mais rapidement les disputes s’installèrent. Nous avions des caractères différents, des habitudes inconciliables. Et puis elle était fille-mère. Elle avait eu sa fille suite à un viol, pendant son transit de La Réunion à Madagascar, dans un hôtel mal famé, peu cher, reconnu par des marins et des commerçants qui, pour la plupart, étaient dans l’attente d’une correspondance vers le continent (la France). Son violeur était un marchand de tapis, m’avait-elle raconté.

Arrivée chez sa mère à Malakoff, en 1963 elle mit au monde Ghislaine. Elle trouva dans un premier temps un travail de serveuse, puis plus tard chez Thomson-CSF comme employée dans le service reprographie. Cela nous avait un peu rapprochés d’être dans la même branche de travail, enfin bon.

Elle aussi avait souhaité avoir son indépendance ; elle avait alors trouvé refuge dans une maison pour mères célibataires : la maison de la mère et de l’enfant.

Nous avons eu un fils, Didier, pour sauver les apparences. Mais la naissance de Didier ne comblait pas le vide entre nous. Nous nous accrochions à l’idée d’une famille parfaite, mais le cœur n’y était plus. Les tensions grandissaient, et notre mariage se transforma peu à peu en combat silencieux, voire même violent. Après des années de disputes, d’accrochages, de reproches et d’incompréhensions, nous décidâmes de nous séparer.

Le divorce dura cinq longues années, mais nous essayâmes de rester cordiaux pour Didier.

Parallèlement, ma vie sentimentale se compliquait encore. En 1969, je rencontrai Evelyne, une petite beauté aperçue à la station Villiers dans le métro. Tout de suite, il y eut du plaisir, de l’attirance… mais pas vraiment d’amour. Elle aussi était fille-mère, avec une situation stable, et elle m’aida pour certaines affaires liées à mon divorce.

Son fils, je ne le supportais plus. Le plus dur pour moi, c’était que je n’avais aucun droit sur lui. À cinq ans, c’était une vraie petite peste. « Stop, pas touche », m’avaient dit clairement ses grands-parents. Evelyne me comprenait, mais ne lui disait rien ; cela a brisé notre couple. Mais pas seulement : il y eut aussi un couple d’échangistes, puis des rencontres hasardeuses — non, pas pour moi.

Alors, au travail, je ressentis le besoin de changer d’air. Lassé d’Industria, où aucune augmentation ne venait récompenser mon expérience et mon évolution professionnelle, je partis chez Dorel, les inventeurs des procédés Dorel. J’y fus embauché comme chef de table, un poste plus valorisant et mieux rémunéré.

Cette période fut un mélange étrange de plaisir, de fatigue et de décisions importantes : Evelyne d’un côté, le travail de l’autre, le sexe, alors que moi je pensais avant tout à la reconstruction de ma vie.

Avec Evelyne, la passion fut intense mais difficile à vivre. Comme je l’ai écrit, elle aimait le sexe, moi beaucoup moins ; j’avais parfois des maux de dos, je faisais lumbago sur lumbago. Et puis un jour, je l’ai surprise avec son chef de service. Ce fut la fin. Nous nous séparâmes d’un commun accord, mais en amis.

Je l’avoue aujourd’hui, je n’avais pas assuré avec elle. Elle aimait trop le sexe, moi beaucoup moins. Après quelques mois, je me suis rendu compte qu’elle allait ailleurs. Bon, je l’aimais bien… j’ai plus ou moins fermé les yeux.

Puis vint septembre 1974, le moment qui allait tout changer. J’ai rencontré Patricia, l’amour de ma vie. Ce fut un véritable coup de foudre, un mélange d’émotion et d’espoir, une chose que je n’avais jamais connue. J’avais dû me dire que c’était enfin la bonne. À trente et un ans, enfin, j’avais droit au bonheur.

Comme je ne voulais pas la perdre, je lui avais fait croire un tas de mensonges pour lui faire croire que j’étais un mec bien sous tous rapports. Jusqu’au jour où il a fallu faire tomber le masque, au risque de la perdre. Alors, en douceur, j’ai fini par lui avouer qui j’étais, ma vie avant de la rencontrer : mariage, divorce, travail en atelier, petit salaire, etc. Je pleurais en lui avouant : « Je suis très amoureux de toi. Moi, je suis un pauvre type, juste un petit ouvrier qualifié, mais je te jure que je vais me battre pour que tu sois fière de moi. » Aujourd’hui, en 2026, je peux dire que j’ai tenu mes promesses.

Je ne sais plus vraiment pourquoi elle avait pardonné mes mensonges, mais après ça, j’ai vécu une sorte d’idylle avec elle.

Elle m’avait présenté à ses parents. Au début, ça a été assez froid ; la pilule fut dure à avaler. Fille unique, je n’étais pas du tout le genre de mec qu’ils souhaitaient pour elle. Elle les a mis devant le fait accompli.

Nous nous sommes fréquentés de 1975 au 5 juin 1976, date de notre mariage à la mairie de Bondy, avec juste ses parents comme témoins. Nous nous aimions vraiment, tellement que Patricia est tombée enceinte.

Nous nous sommes donc mariés le 5 juin 1976. À cette époque, Patricia attendait un bébé, mais tragiquement, elle l’a perdu peu après notre mariage. Cette épreuve, bien que douloureuse, renforça nos liens.

Un peu avant le mariage, les parents de Patricia nous avaient loué leur beau petit F2 à Bondy, tout aménagé pour nous dépanner. Comme ma belle-mère recevait directement sur son compte la paie de Patricia, elle prélevait le loyer et lui donnait le reste au compte-gouttes. Ce fut certainement le début d’un long parcours pour que Patricia puisse enfin reprendre elle-même la gestion de ses revenus.

Avec l’arrivée de Stéphanie, le 11 mai 1977, il y avait des mois où, selon les désirs de madame mère, qui tardait à donner le chèque des revenus de sa fille, nous devions jongler avec ma seule paye. J’en étais arrivé à soupçonner sa mère de faire fructifier les revenus de sa fille avant de lui verser une partie de ceux-ci.

Une réunion de famille houleuse eut lieu entre Patricia, moi et ses parents. Patricia devait récupérer son compte, cela devenait urgent, car nous avions le projet de nous lancer dans une location-vente à Bobigny, dans un immeuble récent. Nous devions avoir le budget pour notre projet.

Ouf, enfin : avant même que nous ayons ouvert un compte bancaire, Patricia réussit à convaincre ses parents de récupérer son argent. Boutade de maman : « Oh, ça sera juste, mais vous vous en sortirez. » Et oui, nous nous en sommes bien sortis.

Moi, j’avais deux boulots : l’imprimerie la journée, le soir la Préservatrice foncière (encaissement et assurance-vie) pour combler le manque à gagner d’une pension de cent francs pour Ghislaine et Didier.

Stéphanie était gardée par la grand-mère, qui ne travaillait plus. Nous la déposions le matin avant de partir au travail et la reprenions le soir. Là, nous devions supporter les radotages de la grand-mère sur les prix, les économies qu’elle faisait en achetant son paquet de nouilles ou tout autre produit. Râle-bol. J’avais fini par laisser Patricia récupérer notre fille seule.

Vingt-deux ans, nous sommes restés à Bobigny, où nous étions devenus propriétaires de notre appartement. Stéphanie avait bien grandi ; elle avait rencontré celui qui est devenu son mari.

Après Bobigny, nous avons acheté un petit pavillon à Drancy. Miracle : mes beaux-parents nous avaient aidés. Nous devions reprendre le crédit qui restait de Bobigny pour pouvoir acheter à Drancy. La banque était sur le point d’accepter, quand les parents de Patricia lui ont fait un joli cadeau : ils ont remboursé notre crédit.

Avec la vente de Bobigny en 1999-2000, nous avons enfin pu acquérir notre premier pavillon à Drancy. Nous y sommes restés dix ans. Nous y avons laissé de bons souvenirs, mais aussi un très mauvais : en décembre 2008, drôle de date, la découverte du cancer des ovaires de Patricia. Elle a été opérée le 31 du même mois : la totale, une véritable autopsie, ouverte des seins au pubis. Quelle balafre. C’est sûr qu’avec la chimio, ça lui a sauvé la vie ; avec les années, on peut enfin le dire.

Stéphanie était devenue esthéticienne, Boris, son compagnon, professeur d’électrotechnique agrégé. Notre fille avait trouvé un poste à Vaires-sur-Marne. Nous nous sommes rapprochés d’eux en vendant Drancy pour un pavillon à Chelles-Chanteraine, en 2010.

La vie allait à une vitesse fulgurante. Deux petits-enfants sont nés : Mila, puis plus tard Deyan.

Le feu… « Au secours, une chambre a brûlé ! » Dans notre pavillon de Chelles, avec l’aide de l’expert de l’assurance, il a été rénové. De suite après, nous l’avons vendu, après n’y avoir vécu que trois ans.

Pourquoi trois ans ? Le temps de la réparation, nous avons vécu un an dans un F2 à Vaires ; quand nous nous sommes séparés de Chelles, nous en étions propriétaires depuis quatre ans au total.

En 2014, en nous promenant dans le bois de Vaires, nous avons eu comme un coup de foudre pour ces petits immeubles du bois de Vaires. Nous avons donc acheté un bel appartement, que nous avons rénové avec l’aide de notre ami, propriétaire de notre ancien F2, rue de Chelles.

Nous y vivons depuis cette date, aujourd’hui en 2026. Les petits-enfants ont grandi : Mila a eu son bac. Deyan m’attriste ; il me rappelle mon fils Didier, décédé en 2018 après un divorce, une vie de bohème et un cancer foudroyant. Grosse tristesse.

Mais je n’oublie pas ma fille Stéphanie, qui se bat elle aussi contre cette saloperie, et je remercie du fond du cœur mon gendre Boris : sans lui, ma puce ne serait sûrement plus là. Sauvée d’un cancer du sein et d’une tumeur au cerveau, elle est aujourd’hui suivie sérieusement pour deux méchantes métastases au foie.

Boris avait depuis longtemps le projet de partir dans le Sud, et voilà que fin 2025, ils ont vendu leur appartement de Vaires pour s’installer dans la proche banlieue de Montpellier, bien sûr après avoir obtenu un poste à Sète, la ville de Georges Brassens.

Nous sommes le 15 janvier 2026. Je ferme la parenthèse, mais la vie continue. J’ai eu quatre-vingts ans le 20 septembre 2025.

J’espère pouvoir en écrire la suite encore longtemps.

Voir aussi cette page 36

Chapitre 32

1 commentaire:

  1. Ce sera l'année prochaine je m'avance un peu mais, ne vaut-il pas plutôt prévoir que courir

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